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WILLIAM BLAKE

Du crépuscule du XVIIIe siècle à la fin des guerres napoléoniennes, l’Empire britannique est au cœur des conflits. Face à l’accumulation des drames, les pères du mouvement romantique cherchent à redécouvrir l’Angleterre originelle, synonyme d’Éden. Ces artistes sont à la charnière de deux mondes, de la tradition et de la nouveauté, du passé et de l’avenir. Les premiers à se lancer sont Edward Young (1683-1763), qui s’exalte dans le thème de la mort et de la mélancolie, James Thompson (1700-1748), qui cherche dans la nature de nouvelles couleurs plus vives, ou encore William Collins (1721-1759), qui se plaît à faire l’éloge des sentiments et aborde des thèmes emplis de nostalgie, à travers des scènes qui prennent place au milieu des ruines, des tombeaux et de la nature sauvage. Et, évidemment, il y a William Blake.

Chez ce dernier, on peut difficilement séparer poésie prophétique, peinture et gravure, les unes se mêlant aux autres pour former un tout harmonieux. Son influence sur la pensée romantique britannique du XIXe siècle est majeure, bien qu’il ne soit ni chef de file ni théoricien. Isolé, à l’instar d’autres romantiques tels que William Cowper (1731-1800) et Robert Burns (1759-1796), il devient pourtant sans le savoir l’un des initiateurs d’un puissant courant artistique. Anticlérical, mystique, illuminé, voyant, pacifiste, révolté et antimonarchiste : de nombreux qualificatifs sont nécessaires pour définir la personnalité paradoxale de William Blake. Jugé fou par la majorité de ses contemporains, il est considéré comme un génie visionnaire par ses adeptes. Se détournant des sujets antiques surexploités, du doux paysagisme anglais et des thématiques maniéristes de son temps, il se plonge dans les ténèbres, dans un univers où les démons et les anges règnent en maîtres. Il contribue ainsi, de manière inconsciente, à créer une profonde rupture avec le classicisme.