
Philosophe français à l’origine de la philosophie de la durée
La carrière philosophique d’Henri Bergson se déploie autour d’une découverte majeure, l’irréductibilité de la durée. Sa thèse de doctorat, publiée en 1889 sous le titre Essai sur les données immédiates de la conscience, met en avant l’opposition entre un temps mathématique ou spatial, décomposable en instants, et un temps psychologique, ou plus précisément une durée intérieure indivisible et imprévisible. Cet antagonisme occupera toute l’œuvre du philosophe. La parution de L’Évolution créatrice, en 1907, lui vaut un succès international et, par la suite, une chaire au Collège de France.
À la fin du XIXe siècle, alors que la science et le positivisme règnent en maitres, l’œuvre de Bergson propose une nouvelle façon d’aborder le réel. Grâce à une méthode philosophique inédite, la méthode de l’intuition, la liberté, la perception, l’évolution des espèces, la morale ou encore la religion ne sont plus abordées sous l’angle du mécanisme déterministe de la science, mais sous l’angle de la durée et de l’expérience vécue.
Vers une approche dynamique de l’humanité
Les Deux Sources de la morale et de la religion est la dernière grande œuvre du philosophe. Elle parait en 1932, soit neuf ans avant sa mort. Dans cet ouvrage, il ne s’agit pas seulement d’appliquer la philosophie de la durée à un problème quelconque. C’est sur les origines de la société et le contexte historique que Bergson se penche, à un moment où chacun pressent le drame des années à venir. Témoin désabusé de la Première Guerre mondiale, Bergson avait déjà pu observer la capacité des hommes à s’autodétruire. Dans Les Deux Sources de la morale et de la religion, toutefois, il ne dresse pas le portrait d’une humanité perdue d’avance : il l’exhorte au contraire à se reprendre et lance un appel, héros à sa manière, pour lui montrer que « son avenir dépend d’elle » (p. 338).