
Poète et philosophe latin disciple d’Épicure
On ne sait pratiquement rien de la vie de Lucrèce : il serait né vers 98 av. J.-C., sans doute à Rome. Les quelques éléments connus ont été transmis plusieurs siècles plus tard, essentiellement par saint Jérôme (vers 347— 419/420), un des pères de l’Église latine, d’après qui Lucrèce serait devenu fou et se serait suicidé. Si l’on peut légitimement suspecter Jérôme d’avoir noirci à dessein le récit de la fin d’un homme qui a prôné la mortalité de l’âme et l’absence de toute espèce de devenir après la mort, la thèse du suicide n’en reste pas moins vraisemblable. Lucrèce, en effet, est témoin, dans la Rome de son temps, d’une grave crise politique et morale.
L’absence de données biographiques précises concernant Lucrèce est mystérieuse, car il ne s’agit nullement d’un poète inconnu ou méconnu à son époque. Certains auteurs modernes ont vu dans ce silence un ostracisme politiquement organisé (ou tacite) contre un homme impie, intellectuellement trop audacieux.
Une épopée philosophique
Le De natura rerum (De la nature des choses) se présente comme un poème, c’est-à-dire une œuvre qui ne cherche pas uniquement à convaincre, mais aussi à plaire. Il obéit à des règles de composition codifiées : le vers de Lucrèce est un hexamètre dactylique (vers à six pieds formés chacun d’une syllabe longue et de deux brèves). Il n’est pas simple d’en restituer le mouvement rythmique avec les codes de la poésie moderne ; c’est pourquoi nombreux sont les traducteurs qui ont choisi une traduction en prose.
On peut également qualifier le De natura rerum d’épopée, non seulement en raison de son ampleur et de la beauté fulgurante de son style, mais aussi parce qu’il est le récit des pérégrinations de l’humanité des ténèbres vers la lumière, de la superstition vers la vérité, de l’ignorance vers la sagesse. On parlera alors plus justement d’une « épopée philosophique ».