

Merci aux chemins de traverse
Merci aux hors-piste
Merci aux impasses
Qui m’ont fait grandir
Merci aux histoires
De m’avoir éclairé le cœur
Sur le sens de toutes mes voies
Avec des symboles
nous pouvons non seulement
libérer des énergies bloquées,
dénouer des situations sans issue,
mais aussi nous réconcilier
avec notre histoire
et surtout
avec le meilleur de nous-mêmes.
Jacques Salomé
En 2011, deux ans après l’édition de L’écriture créative, j’ai commencé à ressentir de nouvelles démangeaisons d’écriture, de véritables pulsions narratives que je libérais fébrilement sur des bouts de papiers. Ces débuts d’histoires semblaient s’adresser aux enfants. Il est vrai que j’avais été durant de nombreuses années une maman raconteuse, chaque soir, pour mes trois marmots.
J’ai eu envie de suivre cet élan, venu tout droit du passé, mais pour m’adresser aux adultes, ces ex-enfants devenus grands, qui sont parfois en grande difficulté de bien vivre leur vie. Je voulais leur apporter des histoires éclairantes, complétées d’exercices d’approfondissement.
Ainsi est né ce Prendre soin de soi, que vous tenez entre les mains.
Prendre soin de soi. De quoi s’agit-il ?
Il y a mille et une manières de prendre soin de soi.
Dormir suffisamment, manger sainement, utiliser régulièrement son énergie physique, bref, traiter avec prudence et respect ce corps qui est le nôtre pour la vie entière.
Prendre soin de soi, c’est aussi contacter ses ressources, s’écouter, se faire confiance, accueillir les découvertes et décoder les messages de la vie.
Prendre soin de soi, ce peut être également accepter un rendez-vous avec soi-même, le temps d’une histoire et d’un moment consacré à essayer des clés pour ouvrir les portes de l’harmonie et de l’unité. C’est ce que j’ai choisi de proposer au lecteur.
Avant de commencer la rédaction de ce livre, j’ai dû m’accorder une liberté indispensable pour me sentir à l’aise. J’étais en effet à la fois attirée et rebutée par les contes classiques dits « merveilleux ». Les sorcières, les ogres et les princesses m’ennuient. Le ton un peu stéréotypé, les « Il était une fois » et « Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants » m’éloignent de la saveur des histoires, de l’originalité des mots et des phrases.
Pourtant je savais que les contes ont une valeur universelle et peuvent véritablement nourrir les lecteurs par leur portée métaphorique1.
Je créais facilement une relation implicite entre la vie d’un personnage imaginaire et le vécu douloureux d’une personne du monde réel. Et bien sûr, ma plume piaffait d’impatience en attendant que se lèvent mes réticences et que je lui donne le signal du départ.
Il me restait donc à oser appeler mes textes « histoires » et non « contes » et à suivre mes chemins atypiques. C’était un fameux pas en avant, je retrouvais ma liberté jubilatoire. Ainsi ai-je revisité à ma façon les archétypes et singularisé les personnages.
J’ai parfois proposé des situations qui ont une apparence de réalité mais avec des invraisemblances (un personnage qui se dévisse la tête, des animaux qui parlent) et des paradoxes (ce qui a l’air mauvais ou négatif se révèle parfois favorable et positif).
Si les personnages sont fortement particularisés, leurs aventures témoignent en fait de problématiques parfaitement humaines. Chacun peut y retrouver une part de son histoire personnelle.
J’ai voulu mes histoires courtes, sans un mot de trop, mais avec tous les détails indispensables pour favoriser la plongée du lecteur dans l’univers du récit.
« L’essentiel est invisible pour les yeux », a dit Saint-Exupéry. J’ai donc préféré que la relation entre chaque histoire et l’histoire du lecteur ne soit pas trop explicite afin de laisser à la métaphore le soin de susciter des associations intuitives.
Quelques textes semblent inachevés. C’est voulu. Dans la vie aussi existent l’incomplet, le pas clair et l’ambigu. Certains lecteurs auront parfois l’impression qu’aucun personnage d’une histoire ne leur correspond ou que le récit se termine d’une manière étonnante, choquante ou discutable. Tant mieux ! Mes histoires s’adressent justement à des personnes qui cherchent à comprendre leur histoire et à améliorer leur qualité de vie. Et pour cela, il faut ouvrir tous ses récepteurs et faire confiance au processus métaphorique. À chacun de trouver ensuite le sens qui lui convient en utilisant, si besoin est, les outils proposés à la suite de chaque récit.
De nombreux jeux avec les mots parsèment mes histoires et favorisent, eux aussi, l’accès aux diverses interprétations.
Pendant la période d’écriture de ce livre, j’ai constaté un phénomène étrange. Chaque texte m’envoyait un message sous la forme d’une émotion pendant qu’il se construisait, comme si c’était une histoire écrite par quelqu’un d’autre que moi, comme si je pouvais (devais ?) trouver dans mes propres mots une ouverture, un sens intéressant pour mon chemin personnel.
Les métaphores ont des effets vraiment étonnants !
Ce pouvoir des métaphores, je le retrouve exprimé avec une grande justesse par Jacques Salomé. Très connu pour ses nombreuses histoires éclairantes (qu’il nomme « contes »), il affirme :
Les contes, nous le savons maintenant, nous aident à guérir. Ils permettent de nommer l’indicible, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir, à croître et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent antagonistes et contradictoires2.
Après avoir écrit le dernier récit, créé les derniers personnages et leurs aventures, j’ai cru que ma fringale de raconteuse était apaisée, et elle l’était effectivement. Pourtant il me restait encore de l’appétit : j’avais envie de donner des informations claires, des pistes de réflexion et des outils destinés à favoriser la compréhension et l’intégration des histoires.
La raconteuse s’est donc adjoint les services de la « transmetteuse ». Je suggère d’aller au-delà de la simple découverte des histoires afin d’en approfondir pour soi-même la portée métaphorique.
Je propose de tirer profit des recadrages et des pistes nouvelles qui peuvent émerger d’une liste de mots écrite spontanément, d’un dessin symbolique représentant des rails, d’une respiration consciente ou d’un questionnement sur les valeurs3.
Enfin, pour accompagner encore mais autrement le lecteur dans son parcours à travers ce livre, j’ai demandé à mon amie Nathalie Leplae de lui donner à découvrir des dessins, peintures et collages issus de ses feutres, de ses pinceaux et de ses ciseaux.
Fondatrice de l’Atelier de la Spirale et formatrice dans le domaine du développement personnel, Nathalie Leplae favorise l’accès à l’intuition, à la créativité et au changement. Elle combine, notamment par le biais du journal créatif4, des explorations basées sur l’écriture intime, l’art-thérapie et la symbolique des images.
À diverses pages de Prendre soin de soi, elle invite à regarder et à ressentir des extraits de ses carnets. Des états d’être y sont exprimés ainsi que des émotions colorées, déposées sur papier lorsque le lâcher-prise est au rendez-vous.
Merci à Nathalie pour ses illustrations, un atout visuel et émotionnel de qualité pour le lecteur en recherche de sens.
En fait, des outils de bien-être, il en existe à profusion, et la modeste sélection faite pour ce livre n’a nulle prétention de faire le tour de tout ce qui peut se révéler positif.
À chacun de trouver ses propres chemins et d’y marcher confiant !
1 Métaphore, voir l’explication dans le glossaire, p. 146.
2 Extrait de Contes à aimer, contes à s’aimer, par Jacques Salomé, p. 9. Voir en bibliographie, p. 152.
3 Ce sont quelques exemples de Clés pour prendre soin de soi, présentes à la fin de chaque récit.
4 Journal créatif, voir l’explication dans le glossaire, p. 145. Voir aussi en bibliographie, Le nouveau journal créatif, par Anne-Marie Jobin.
Abordez les histoires pour prendre soin de soi selon vos préférences.
Bien entendu, vous pouvez lire n’importe quelle histoire, n’importe quand, et c’est très bien ainsi, par exemple en ouvrant le livre au hasard.
Cette façon de procéder, le simple flair – cette histoire m’attire – est tout aussi valable qu’une approche plus méthodique.
Vous pouvez aussi consulter les thèmes en fin de livre pour chercher une histoire dont le sujet correspond à vos préoccupations du moment.
N’hésitez pas à zapper un récit si sa thématique ne vous intéresse pas ou si vous vous sentez trop troublé par ce sujet, brûlant ou douloureux pour vous à cette étape-ci de votre vie.
Elles sont suggérées après chaque texte pour les lecteurs qui veulent approfondir leur réflexion sur le sujet du récit.
Une simple liste de mots faisant office de repères vous signale des thèmes qui peuvent se travailler à partir de la lecture du texte.
Cette question vous permet de vous relier à l’histoire que vous venez de lire pour trouver peut-être en quoi elle vous concerne.
Chaque histoire est également suivie d’une proposition d’activité afin de favoriser d’autres découvertes.
Ces découvertes se font à partir d’écriture créative, de PNL, de journal créatif, de relaxation ou de communication non violente et vous donnent accès à de nouvelles ressources et à des outils de bien-être.

Le symbole Écriture créative : un exercice d’écriture créative vous est proposé afin d’intégrer l’apport de l’histoire par l’utilisation de cette technique.

Le symbole PNL : l’exercice utilise une technique issue de la Programmation neuro-linguistique.

Le symbole Journal créatif : l’activité est à base d’écriture spontanée, de dessin ou de collage.

Le symbole Relaxation vous invite à respirer et vous relâcher selon les indications.

Le symbole CNV indique une expérimentation basée sur la communication non violente.
Ces cinq techniques de base sont utilisées dans les clés pour prendre soin de soi. Pour les découvrir, consultez le glossaire, p. 143.
Vous trouverez également des références d’ouvrages sur ces sujets en bibliographie, p. 151.
Faites usage du glossaire et de la bibliographie chaque fois que vous en avez besoin.
Dans les clés pour prendre soin de soi, vous trouverez aussi :
- des Prolongements pour mener plus loin l’approfondissement de l’histoire et de son rapport avec vous.
- des Remarques relatives à la façon de réaliser l’activité décrite.
- des Bon à savoir pour un peu plus d’informations ou d’explications.
Après chaque question pour avancer, n’hésitez pas à noter sur-le-champ quelques éléments de réponse sur un support papier de votre choix. Tenez compte des symboles ci-dessous pour effectuer les activités de clé pour prendre soin de soi :

Le réveil suivi d’une indication de minutes, variables selon l’exercice, vous renseigne sur le temps nécessaire pour mener à bien chaque activité.

L’image du carnet vous invite à utiliser le type de support papier proposé ou choisi selon vos envies.
Quelques exemples de support papier :
- le carnet pour prendre soin de soi
Sorte de cahier de bord polyvalent, destiné à recevoir vos exercices mais aussi vos remarques et avancées personnelles ainsi que vos dessins. Vous pourrez y clarifier ce qui a de la valeur pour vous, relire ou modifier vos notes à volonté et observer les changements qui surviennent au fil du temps. Choisissez le format qui vous convient, rassurant (pas trop grand) et facile à transporter.
- le carnet des petits bonheurs et le carnet des victoires
Quel intérêt présentent-ils ? Tout d’abord de retrouver facilement ces instants précieux, bien groupés, plutôt que dispersés dans un cahier à contenus mélangés. Ensuite de pouvoir utiliser la fonction « rappel » à tout moment, c’est-à-dire relire vos notes de victoires ou de petits bonheurs afin de vous nourrir de vos vécus positifs, chaque fois que vous en avez besoin. Ces deux carnets sont donc des ressources précieuses.
- le journal créatif
Si vous pratiquez cette approche basée sur l’art-thérapie faisant interagir écriture, dessin et collage de manière créative, utilisez le cahier grand format qui y correspond, sans lignes ni repères.
Nous sommes assis sans le savoir
Sur le seul puits qui puisse nous désaltérer vraiment.
Il s’appelle présence à soi, présence à l’autre, présence au monde.
Thomas d’Ansembourg
Ils scrutent les nuits opaques
Elles sondent les aubes brumeuses
Ils marchent
Porteurs de lourdes besaces
Les mains en visière au-dessus des sourcils
Elles clignent des yeux
Lèvent la tête
Certains pagaient
Puis s’endorment glacés
Dans les pirogues
Mais que cherchent-ils donc ?
L’essentiel, se demandent-ils,
Est-ce en ciel ?
Est-ce sens, si elle…
Si elle quoi ?
Si elle continue sur ce chemin-là ?
L’avenir, est-ce sans ciel ?
Sans issue ? Sans sens ?
Parfois un caillou, une pâquerette ou une goutte d’eau
Donne une indication
« Eh ! Sens ce ciel
Ton ciel
S’il sent les draps qui sèchent au grand vent
Sans doute es-tu sur ton chemin
S’il a des relents de cendres froides
Continue à chercher
Il faut parfois marcher longtemps
Avant de découvrir l’essentiel
Tout au fond de soi »
1/ Question de point de vue
2/ Les souvenirs en sachets
3/ Le sifflet rouge
4/ Le marchand de sable
5/ Les bottines analphabètes
6/ Anna Lise
7/ La pelisse
8/ La boule de cristal
9/ Pierre
10/ Les danseuses
11/ Les souris
12/ Le bébé d’Emmadouce
13/ Risson
14/ Boukémi
15/ Autre question de point de vue
16/ Eugénie
17/ L’écureuil qui voulait voir la mer
18/ Au Paradis des fleurs
19/ Le vieux chevalier
20/ Le Vert Kwatange
21/ Le hall de gare
22/ La camionnette blindée
23/ Jules
24/ Dame J’ose-être et le petit Jules
À petits pas ou grandes enjambées. Bien chaussés ou nu-pieds. Sur les chemins ou hors-piste. Circulez et papillonnez.

Là haut, le vacarme d’un avion qui déchire le ciel pâle.
En bas, l’herbe mouillée. Les chaussures de l’enfant aussi.
Sa grand-mère lui enfonce sur les oreilles son bonnet rayé.
Elle est irritée que la pluie ait détrempé le chemin. La terre va coller aux semelles du petit. Et il faudra ENCORE nettoyer tout ça.
Elle repère chaque jour des taches noires sur son bonheur. L’hiver décidément n’en finit pas. Même les primevères sont en retard.
Pendant que sa grand-mère macère dans son jus amer, Pierrot tombe en admiration devant un mégot détrempé au fond d’une flaque, puis il observe une crotte de chien fraîchement émise et quelques cailloux gris près du pont qui enjambe le ruisseau. Il pousse des cris de joie et sautille sur le sentier boueux.
Au loin, une vache meugle. Il l’imite en poussant très fort les lèvres vers l’avant pour émettre un « Mooouhh » assez réussi. Il voit passer trois fillettes munies de pieds à roulettes. Il en reste bouche bée, puis se met à courir derrière elles.
Il dit : « Coucou » à un monsieur moustachu qui marche vite pour ne pas perdre de vue ses trois patineuses.
Quel plaisir, cette balade avec Mamy !