
Patrick Eris
Nouvelle

![]()
La nouvelle est tombée pendant un de ces pots d’entreprise au scénario immuable. A savoir : un vendredi soir (avant le week-end, pour que tout le monde soit détendu), tous les cadres réunis, verre à la main, souriant, attendant le passage d’un grand ponte – ils se succèdent à un rythme aléatoire – passant dans la foule tel Moïse fendant les flots, tutoiement de rigueur, distribuant sourire, clins d’œil et autre marques d’affections factices à une foule servile attendant son obole.
Cette bonhomie est fausse. Personne n’est dupe. La stricte hiérarchie de l’entreprise est respectée. On doit saluer ses supérieurs, pas l’inverse. Il faut bien minuter son intervention pour ne pas déranger une conversation forcément plus importante entre supérieurs. Ceux-ci se contentent de répondre au salut. On ne discute qu’avec ceux de son rang. Ni avec ses supérieurs, ni avec ses inférieurs. Et il convient d’éviter soigneusement les parias, ceux dont on murmure que l’entreprise risque de se séparer à plus ou moins bref délai. Nul ne veut être vu en leur compagnie. Précaution élémentaire s’il en est.
Une jungle en costard-cravate, où, en fait, tout le monde se méfie de tout le monde, et où tous se demandent qui lorgne sa place, sa promotion. La hiérarchie est avant tout une histoire d’’–’’’–’’