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Patrick Eris

 

Le Seigneur
des mouches

 

Novella

 

 

Collection Noir de suiTe

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La collection Noir de suiTe

 

La collection Noir de suiTe sous la direction de Bernard Vitiello rassemble des novellas noires signées d'auteurs différents s'inspirant des mêmes personnages et du même fond d'intrigues criminelles sur le modèle du Poulpe.

Déjà parues :

 

L’équarrisseur – Bernard Vitiello

Frangines – Manon Torielli

Lame sœur – Alain Seyfried

Glandeur – Laurence Biberfeld

Marionnettes – Patrick Bent

Haine perdue – Pascal Pratz

La résistible ascension de Marcello Ruffian – P. Coulomb

Entrailles  –  Jérémy Bouquin

 

PETITE BIOGRAPHIE DES PERSONNAGES PRINCIPAUX CROISES AU FIL DES HISTOIRES

 

 

TROIS FLICS

Hier « soudés comme les doigts de la main »...

 

. Francis Duval, dit la Teigne, commissaire principal au « 36 », as de la Crim’. S’est fait souffler une épouse et le poste de divisionnaire par Yann Monteil. Divorcé, joueur et alcoolique repenti, Duval se retisse une existence entre Minh et son chat Baston. Au cœur de l’affaire Pinon-Valières.

 

. Yann Monteil, divisionnaire au « 36 », carriériste et sans scrupules.

 

. Roberto Bresciannini, dit Brescia, le seul ami de Francis Duval. Natif de Marseille, obtient une mutation dans la cité phocéenne, avant de voler de ses propres ailes (détective privé). Au cœur de l’affaire Pinon-Valières.

 

. Toubib. Médecin légiste, il faisait le 4e à la grande époque Duval-Monteil-Brescia.

 

 

ÉQUIPE DUVAL

La Gunthe, Burte et Guitar Hero constitutent la garde rapprochée de Francis Duval.

 

. Belkacem. Lieutenant au commissariat du 13e arrondissement, Paris. Sobre mais très efficace.

 

. Minh Tuyêt (Neige Étincelante). Elle et sa jumelle Kim Bao (Or Précieux) sont des rescapées de Saigon, Oncle Dang leur bon génie : le trio migre à Paris. Devenue adulte, Minh se prostitue. C’est Duval qui la sauve du trottoir. Depuis, Minh travaille avec Kim Bao dans la gargote du tonton.

 

LES PINON-VALIÈRES

Au cœur de ladite affaire (10 assassinats).

 

. Michel. Victime d’un viol durant son enfance. Chirurgien cardiaque de pointure internationale, également réputé pour ses frasques extra-conjugales.

 

. Marie-France, épouse de Michel. Un amant.

 

. Léa, leur fille. Déchirée par la vie de bâton de chaise que mènent ses parents, et pas seulement...

 

D’autres personnages apparaîtront au fur et à mesure de cette suite noire.

 

 

-oOo-

 

 

 

À la mémoire de Graham Joyce

(22 oct. 1954 – 9 sept. 2014),

un grand auteur et un vrai gentleman.

 

Mort, où est ta victoire ?

 

 

 

« You think you are a leader

But you turn everyone away.

You think you are a preacher

But you can’t turn night into day.

There is something inside of me,

And I know that it’s growing

The thing that will forever be

And I feel it’s shadow calling

 

It is the fear that eats you up,

It is the fear that makes you cry

It is the fear that takes you down

It is the fear that will not die. »

 

Stefan Poiss (Mind.in.a.box)

 

 

 

 

MAINTENANT

 

 

 

CHAPITRE PREMIER

 

 

Chaleur.

C’est la première chose que lui transmettent ses sens. Une chaleur écrasante, étouffante, qui baigne tout son corps d’une pellicule de sueur.

Son corps ?

Douleur.

Sourde, comme engourdie, comme si elle ne parvenait pas à décider d’un emplacement où planter son poignard et, donc, se contentait d’investir ses chairs en masse pour les faire vibrer de sa pulsation.

Pourquoi a-t-il mal partout ?

est-il ?

Sa conscience rechigne à s’extirper de la gangue gluante de l’inconscience. Ses idées tournent, tournent au ralenti dans une mélasse mentale sans parvenir à se fixer sur un point précis. Il devrait ouvrir les yeux, mais n’en a aucune envie. Il préfère encore sombrer dans le trou noir d’un sommeil informe que de faire face à la réalité.

Trop dur.

Et pourtant, la conscience finit par s’infiltrer. Par l’obliger à se rappeler...

Oui, mais de quoi ?

La chaleur se fait encore plus pesante. À cheval entre deux mondes, il perçoit un grésillement sourd fait de mille bruits infimes agglomérés. Le chant de toute une campagne comme cuite à l’étouffée, écrasée par la chaleur implacable.

Le son qui le ramène aux frontières de l’éveil est des plus triviaux. Le bourdonnement d’une mouche. Non, des mouches. Un bruit qu’il a toujours associé à la campagne – les champs, les petits villages comme déserts alors que tout le monde se calfeutre derrière les volets clos dans l’espoir de profiter d’un peu de fraîcheur.

Mais que ferait-il à la campagne ? Il habite en ville... N’est-ce pas ?

C’est cette idée qui finit de le réveiller.

Il remonte péniblement les abîmes du sommeil. Luttant contre cette terrible langueur qui le pousse à replonger en lui-même alors qu’il sait que c’est impossible. Que les images et les fragments de rêves qui l’assailliront là, sur la frontière ténue entre l’éveil et l’assoupissement, seront encore plus terribles que la réalité.

Et toujours, cette douleur sourde, informe. Le grésillement de la campagne recuite, accablée de chaleur. Le zonzonnement entêtant des mouches.

Que lui est-il arrivé ?

Et d’abord, est-il ?

Ces deux dernières questions le font émerger pour de bon de son apnée.

Il ouvre les yeux...

 

 

 

CHAPITRE DEUX

 

 

Il est dans une chambre. Pas la sienne, ça, au moins, il en est sûr. Une chambre d’enfant, apparemment. Un, puisqu’il n’y a qu’un seul lit, celui sur lequel il est allongé. Couleurs pastels. De vieilles maquettes d’avion plus ou moins désossées oubliées dans un coin. Petit bureau d’étudiant. Rideau bleu transparent devant la fenêtre ouverte, frêle rempart contre les assauts d’une lumière chauffée à blanc. Un garçon.

Tout est petit dans cette chambre. D’enfant monté en graine, puisque tous les posters – personnages de mangas, musiciens dont le nom lui parle à peine, une affichette de Matrix comme on doit en trouver dans toutes les piaules d’ados, le tout collé au scotch sur un papier peint à fleurs kitsch en diable – remontent déjà. Peu après sa propre enfance.

Sa propre enfance...

Une série de questions remontent en lui comme de la lave incandescente le long du conduit d’un volcan, mais il les arrête avant l’éruption. Pas maintenant. Pas tout de suite. Qu’il reprenne d’abord ses esprits, s’il le peut.

S’il le peut.

S’il n’est pas chez lui, alors qu’est-ce qu’il fait là, allongé dans ce lit ?

Il se sent groggy. Comment dit-on ? Il patauge dans la semoule. Une expression toute faite, mais qui correspond bien à son cerveau englué.

Il tente un mouvement, et une pointe de douleur lui traverse la hanche. Aïe ! Il réessaye, plus lentement. Pose les pieds par terre. Aïe ! Ce n’est pas qu’une clause de style : il a vraiment mal partout.

Maintenant qu’il a réussi à s’asseoir, il regarde son corps mince. Il ne porte qu’un pantalon de survêtement, moche, de tissu léger, qu’il ne se souvient pas d’avoir jamais possédé (et quelque chose lui dit qu’il ne voudrait jamais être vu dans une telle tenue de supermarché.) Bleus, écorchures badigeonnées de mercurochrome, pansements un peu partout. La frousse commence à monter en lui. Mais bon sang, qu’est-ce qui m’est arrivé ?

Il n’en sait rien.

Là, la peur lui mord le ventre.

Qu’est-ce qui m’est arrivé ? Qu’est-ce que je fous ici dans cette tenue ? Et d’abord, c’est , ici ?

Il n’en sait rien.

Il...

N’en...

Sait...

Rien.

Son passé immédiat est un néant.

Il a un flash éblouissant et se retient de justesse avant de sombrer dans l’inconscience. L’effet de la trouille qui lui mord soudain l’estomac. De son affaiblissement suite au traumatisme qu’il a certainement subi. Et cette chaleur, bon sang, cette fichue chaleur qui lui donne l’impression que son cerveau va lui couler par les oreilles !

Il...

Ne...

Se...

Souvient...

De...

Rien.

Il a dû avoir un accident quelconque. De voiture ? Oui, certainement. (Il ne se souvient de rien.) Ou alors une auto l’a renversé. (Il ne se souvient de rien.) La croûte recouvrant ses plaies est à peine sèche. (Il ne se souvient de rien.) Est-ce que cet accident l’aurait rendu amnésique ? (Il ne se souvient de rien.) Est-ce qu’il a perdu la mémoire pour de bon ? (Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.)

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