


Quand j’annonce que je suis coach, je me retrouve souvent face à des sourires amusés, intrigués, dubitatifs ou interpellés.
Le questionnement sur ce « job » que j’exerce depuis une quinzaine d’années me conduit à rencontrer des personnes issues de mondes différents : mondes de l’entreprise, de l’enseignement, des professions libérales mais aussi des personnes issues du monde politique. Toutes souhaitent en connaître davantage sur les pratiques de mon métier aux contours imprécis.
C’est ainsi que j’ai rencontré Sébastian Pirlot.
Il est Maire de Chiny, commune de Gaume ; parce que c’est une région proche de la frontière française, c’est ainsi qu’on y nomme le premier citoyen de la ville.
J’ai une affection particulière pour cette commune car, dans mes jeunes années, j’y ai vécu de beaux moments comme animateur de camps de vacances. Plus tard, j’en ai parcouru les sentiers forestiers avec ma famille et goûté aux plaisirs des circuits en kayak sur la Semois.
C’est là aussi qu’il y a quelques années, j’ai accompagné un ami très proche qui se présentait aux élections communales. C’est une commune où libéraux, socialistes et « chrétiens » comme on les qualifie là-bas se disputent âprement l’écharpe mayorale. Les alliances y étant modulables et mouvantes, le débat avait été acharné, bien en contraste avec le calme enchanteur que l’on goûte habituellement dans ce doux coin du pays.
C’est donc empreint de la sérénité et du calme du lieu mais aussi du souvenir du fracas des campagnes électorales sans merci que je m’apprêtais à rencontrer Monsieur le Maire.
Sa réputation l’avait précédé car son parcours politique est éloquent : tout d’abord Secrétaire communal d’un Bourgmestre « athlète », puis Conseiller provincial, Député provincial, Maire, Député régional, Sébastian Pirlot a parcouru au pas de charge un long cursus honorum jalonné, à chaque étape d’imagination, de pragmatisme, d’efficacité et de fidélité à ses proches… Un long chemin parcouru avec la force de convaincre et la puissance oratoire pour rendre coup pour coup. Certains m’avaient d’ailleurs parlé de lui comme d’un cogneur, d’un dur…
En outre, je gardais en mémoire un débat télévisé auquel il participait. Ses répliques imparables comme des coups droits laissaient peu de chances à ses contradicteurs qui étaient le plus souvent envoyés dans les cordes.
Le rendez-vous est fixé dans une brasserie où l’on mitonne avec amour des produits du terroir. J’aime plus que tout ces lieux de rencontre. Le temps de l’apéritif a suffi pour créer des affinités. Alors que je m’apprêtais à répondre à ses questions d’homme politique madré et averti sur la communication stratégique et sur les politiques d’image, la conversation a roulé essentiellement sur la vie qui va : goûter aux plaisirs de l’instant tout en donnant du sens à son action, faire la part des choses entre boulot et famille, trouver sa place, prendre distance, aimer ses proches et trouver des réponses à ses valeurs…
Alors que je m’attendais à un entretien avec un gladiateur des temps modernes, j’ai conversé avec un homme tendre, pudique, léger et profond à la fois et si justement drôle.
Sébastian Pirlot vit libre, accueille son passé, ose dire et se dire ; il cherche des piliers où ancrer ses repères. Il aime le travail d’écriture et garde le goût du jeu, du rire et du bonheur d’être là.
Une rencontre, c’est aussi un échange de regards. Ceux de Sébastian sont étonnants de vitalité : enjoués, rieurs, ironiques et parfois embués de tristesse.
En nous disant « au revoir », nous sentons que nous nous reverrons.
Quand il m’a fait part de l’idée de cette chronique, le projet m’a tout de suite paru enthousiasmant.
Dans un monde condamné à se réinventer toujours, c’est un bonheur de rencontrer quelqu’un qui pense vivre une époque formidable.
Aujourd’hui, la profonde vague de mutation sociale doit s’accompagner d’un réenchantement du quotidien. Si cela passe par une autre façon de le vivre, cela passe aussi par une autre façon de le dire. L’évolution des langages et spécialement celle de la langue est donc une étape nécessaire pour redéfinir le réel en termes mieux appropriés pour atteindre plus d’équilibre personnel et d’équilibre social car les conceptions de la famille, les préférences sexuelles, les convictions religieuses ne peuvent s’exprimer clairement par des balbutiements ni se construire harmonieusement sur des hésitations sans fin.
Cette nécessité apparaît évidente aussi sur le plan politique. Car, dans cette Europe qui vient de s’offrir 70 années de paix, les turbulences sont nombreuses. Des questions se posent, en effet, sur l’Europe elle-même, sur l’accueil des migrants et sur le vivre ensemble. Alors que les discours traditionnels basés sur des recettes dépassées ne semblent plus constituer des socles de réflexion satisfaisants, la tentation d’y répondre par des discours extrémistes donc simplistes est grande.
Dans son « Journal intime d’un homme de Chambre », Sébastian Pirlot ouvre le débat en nous invitant à partager ses réflexions. Nous découvrons non seulement son quotidien d’une année mais aussi le monde du mandataire public ainsi que ses propres questionnements.
Cette mise à nu est pudique. C’est une belle invitation à partager des expériences, à nourrir le débat, à éveiller l’esprit critique.
L’écriture porte les valeurs de son auteur : libre, souriante, légère et profonde.
J’ai lu ce texte avec bonheur, avec le sourire et parfois avec les larmes aux yeux, impressionné et intéressé par la densité du propos, la richesse du regard porté sur l’actualité internationale et ses enjeux stratégiques, touché aussi par la spontanéité du propos.
Dire les choses permet de les conscientiser, d’en débattre et de les dépasser quand c’est nécessaire.
Faire le vœu d’abandonner la langue de bois afin de parler de manière vivante d’humain à humain, de cœur à cœur, avec la conscience de nos fragilités et se reconnaître dans le propos parce qu’il constitue une part de notre histoire, c’est choisir de travailler pour un monde plus libre.
C’est l’invitation de ce livre.
Thierry Delperdange
Coach - Editeur
A ma femme, si patiente
A mes enfants, si touchants
A mes amis, qu’ils soient du monde profane ou d’ailleurs…
« On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller ; derrière, il y a tous les monstres que l’on s’est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n’est pas vrai. Dès que l’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu’on ne l’imaginait. Ils perdent consistance, s’évaporent peu à peu. Au point qu’on se demande, pour finir, s’ils existaient vraiment ».
Jour d’angoisse !
Non pas à cause de la traditionnelle rentrée des classes de mes enfants ! Mais plutôt à cause d’un stress très personnel. Car les choses sérieuses commencent : cette fois, je ne peux plus reculer ! Jusqu’au dernier moment, j’espérais trouver une énième excuse pour ne pas franchir le pas. Mais je me suis engagé à écrire cette chronique. Pour moi, c’est presque un attentat à la pudeur. Chez beaucoup de personnes, cela signifie être victime d’attouchements, d’un voisin exhibitionniste ou que sais-je encore. Chez moi, c’est parler de mes sentiments. Pour quelqu’un né dans un environnement familial où il n’y avait pas vraiment de place pour exprimer son ressenti ou sa sensibilité profonde, dévoiler ses émotions, c’est quasiment subir un viol…
Comment présenter un projet en quelques mots ? Comment expliquer les raisons qui, à un moment donné de votre vie, vous poussent inexorablement à coucher, les uns derrière les autres, des mots sans savoir nécessairement où ceux-ci vont vous mener ?
Ecrire le début d’un livre, c’est un peu comme une première fois en amour : un mélange d’excitation et de peur. L’angoisse de ne pas être à la hauteur. De décevoir. D’être victime du regard de l’autre.
Cet ouvrage n’est pas un énième « bouquin » d’un homme politique à la veille d’une rentrée parlementaire ou d’une élection. Il est normal que certains élus cherchent à exister à travers ce type de démarche. Cela fait partie du jeu démocratique et, à fortiori, électoral. Je n’ai pas cette ambition. En fait, ce genre d’exercice m’indiffère totalement.
Cet ouvrage n’est pas non plus un énième projet politique pour « la Belgique de demain » ou « la France du futur ».
Enfin, cet ouvrage ne s’inscrit pas dans une démarche de règlement de comptes, du type « Merci pour ce moment » ou « Maintenant que je suis sur le départ ou retraité, je vais tout vous dire ». Si l’on veut être sincère avec soi-même –et a fortiori avec les autres-, il faut le faire avant : au moment où les trompettes de la renommée vous enivrent jusqu’à plus soif.
Ce journal intime, c’est tout simplement une envie de partager mes humeurs qui, au fil des 365 jours que compte une année, varient (fort heureusement pour mon équilibre psychologique !), à travers mes coups de blues, mes coups de cœur ou mes colères contenues (ou pas !). Et tant mieux si, à un moment donné, certains s’y reconnaissent.
Ce journal intime, c’est d’abord et avant tout le fruit de rencontres humaines, particulièrement riches, qui m’ont permis de progresser dans ce long cheminement qui mène à l’acceptation de soi et à la recherche d’une relative sérénité. L’envie aussi, avec un ami éditeur, pour qui j’ai beaucoup d’estime, de rendre un peu de ce que la vie m’a apporté.
Ce journal intime, c’est un petit hommage à mon auteur favori, Richard Dawkins, célèbre biologiste de renommée internationale, militant humaniste et libre-penseur. Comme l’écrit si bien celui-ci, « ce qui rend la vie si belle, c’est son côté éphémère ».
Ce journal intime, c’est aussi une tentative de réponse à des questionnements, tels que : comment mener une vie libre et libérée, en prenant la pleine mesure de celle-ci, en s’affranchissant de la pression sociale, de la moralisation à outrance, des tabous sexuels ou des principes religieux promettant l’enfer sur terre pour un paradis hypothétique ?
Je découvre, par hasard, en surfant sur le net, le projet « Breakthrough listen », lancé par le célèbre astrophysicien anglais Stephen Hawkins. Ce programme, financé à hauteur de 92 millions d’euros, a été présenté à la Royal Society Science Academy, de Londres. Il s’agit de l’initiative la plus ambitieuse jamais entreprise pour trouver un signe d’intelligence extraterrestre. « Existe-t-il une forme de vie au-delà de la Terre ? Il faut que nous le sachions ». Ce n’est donc pas une réalité scientifique, mais bien une possibilité raisonnable.
Pour mener à bien ces recherches, le projet utilisera les moyens des plus puissants télescopes. De quoi tenter de débusquer l’existence d’une activité intelligente, comme une fréquence radio ou un rayon laser. « Une civilisation lisant nos messages pourrait avoir des milliards d’années d’avance sur nous », conclut Hawkins. Sachant que l’envoi d’un message vers une galaxie lointaine et son retour devraient prendre au moins 50 ans, il est peu probable que vous et moi connaissions de notre vivant les résultats de cette belle tentative scientifique.
Ce qui continuera, immanquablement, à alimenter nos éternels fantasmes : à quoi ressemblent donc ces extraterrestres potentiels ? Un « Predator » ou un « Alien » débarquant sur la planète bleue pour une chasse à l’humain ? Une « Rencontre du 3ème type » ? Un orgasme à distance dans une piscine (cf. le film « Cocoon ») ? De gros lézards verts (comme dans la série « V ») nous emportant par millions dans leurs soucoupes, en oubliant derrière eux un livre de recettes de cuisine nous indiquant qu’ils vont nous servir comme plat principal à un dîner de fête ?
En fait, derrière les interrogations abondamment relayées par la science-fiction quant à l’existence possible (et probable) d’une autre forme de vie dans l’univers, cette initiative nous renvoie à la question fondamentale que toutes et tous, depuis notre naissance, fruit du hasard d’une heureuse rencontre entre un ovule et un spermatozoïde, nous ne cessons de nous poser : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Combien de temps avons-nous à vivre ?
J’ai terminé ce soir la lecture d’un ouvrage intitulé « L’art de ne croire en rien », dont le titre rappelle l’histoire d’un livre mythique, ayant hanté l’imagination du Moyen-Age et de la Renaissance : « Le livre des 3 imposteurs ». Circulant de main en main et de génération en génération, ces 2 textes, finalement publiés au 17ème et au 18ème siècle pour n’en former qu’un, dénoncent l’énormité du mensonge diffusé à travers le monde par les 3 religions monothéistes : juive, chrétienne et musulmane. Ces livres, secrets et souvent antidatés (ce que l’on peut comprendre vu le sort qui attendait généralement les incroyants) défendent en fait, tout simplement, l’idée d’une pensée libre et humaniste.
Malheur à ceux qui propageaient les idées contenues dans ces très beaux textes : ils étaient considérés comme « hérétiques », « dotés d’une pensée hardie » ou, pire, « d’une vie amoureuse très libre » !
En refermant la dernière page de ce pamphlet, je ne peux m’empêcher de penser que celui-ci, écrit pourtant il y a plusieurs siècles, continue à résonner aujourd’hui tragiquement et horriblement : le combat contre celles et ceux qui souhaitent imposer aux autres leurs idées obscurantistes continue plus que jamais !
Pour faire mentir, chaque jour, les paroles du très révérend père Garasse, se réjouissant en 1574, « d’avoir fait brûler un jeune homme de 24 ans. Un beau sacrifice à Dieu, le coupable ayant été brûlé demi-vivant pour impiété ». Pour faire mentir, chaque jour, les propos de rabbins extrémistes pour qui, « le peuple juif est le seul peuple élu » et justifient ainsi le fait d’incendier des maisons de Palestiniens. Pour faire mentir, chaque jour, l’idéologie meurtrière des membres de l’Etat islamique qui, tuant, pillant, violant, s’éloignent de toute humanité, à tel point qu’ils mériteraient d’en être exclus.
Chacun a le droit de donner un sens à sa vie et, surtout, à sa mort. C’est la raison même qui pousse nombre d’entre nous à se raccrocher à l’existence hypothétique d’un dieu. Par contre, une minorité « agissante » n’a aucunement le droit de contraindre l’ensemble d’une population à se soumettre à ses conceptions en matière de mariage gay, d’avortement, d’euthanasie, ou bien encore du rôle de la femme dans la société. Or, il faut bien constater que toute religion a, par sa nature profonde, une volonté malheureusement hégémonique.
« Ne pensez pas, produisez ! » : cette phrase terrible n’est pas tirée d’un traité sur le fordisme ou le taylorisme, passés maîtres dans l’optimalisation du travail à la chaîne. C’est tout simplement la traduction d’une récente directive adressée par le Premier Ministre japonais aux universités de son pays. Elles sont invitées, d’ici 6 ans, à fermer leurs départements de sciences humaines ou sociales. Il s’agit de « construire un système qui produit des ressources humaines adaptées aux nécessités de la société en collant aux besoins de l’industrie et de l’emploi ». Autrement dit, faire des études en sciences humaines ou sociales ne donne pas de résultats économiques concrets, ou du moins pas suffisamment rapidement.
L’idée qui préside à cette démarche est de former des techniciens, capables d’anticiper les systèmes dont aura besoin l’économie japonaise dans les années à venir. Loin de toute notion de coopération ou de complémentarité, la technique est résolument opposée à l’intellect. Résultat : 26 des 60 universités ayant un département de ce type devront le fermer et ne plus accepter d’étudiants en droit et en économie.
L’un des seuls à avoir réagi fermement à cette circulaire est le Président de l’Université de Shiga : « la démocratie ne peut être préservée si les connaissances intellectuelles en sciences sociales et humaines sont mises au ban. La technologie seule n’est pas suffisante. C’est la technologie mariée à l’art, aux sciences humaines, qui donnent des résultats qui font chanter nos cœurs. Le fondement des sociétés démocratiques est l’esprit critique, qui se nourrit de la connaissance de l’être humain. Sans exception, les Etats totalitaires rejettent l’enseignement des sciences humaines, et les Etats qui rejettent cet enseignement deviennent toujours totalitaires ».
Ce qui différencie encore un être humain d’une simple machine ou d’une intelligence artificielle, ce sont ses émotions… et son esprit critique qui, de temps à autre, lui fait refuser d’obéir à un ordre ou le pousse à se révolter contre le système dans lequel il évolue.
Les primaires pour la future élection présidentielle américaine ont démarré. Pendant plus d’un an, les journaux européens, preuve de leur dépendance aux informations fournies par les agences de presse anglo-saxonnes (telles que Reuters ou Associated Press), vont donc nous abreuver de « scoops » dont l’intérêt est toutefois limité. Comme si l’avenir du monde était soudain suspendu au nom du futur Président US ! Observer le positionnement des 17 candidats républicains –qui ont ouvert le bal des éliminatoires !- s’affrontant pour gagner l’investiture de ce parti est toutefois assez révélateur.
Le tableau est en effet saisissant : Jeb Bush est converti au catholicisme et est « pour la vie ». Il est anti-avortement, mais pour la peine de mort ! Il trouve le pape François « cool », sauf quand celui-ci s’occupe de réchauffement climatique. Ben Carson lui, est noir et neurochirurgien. Ce qui ne l’empêche pas, comme tout membre de l’Eglise adventiste du 7ème jour, de considérer l’homosexualité comme une « bestialité ». Chris Christie, lui, a douté un temps. Avant de cesser d’être agnostique pour redevenir catholique grâce au chanteur… Bruce Springsteen !
Ted Cruz, lui, est fils d’un pasteur baptiste du sud, au sein d’une église qui était favorable à l’esclavage et pratique toujours le baptême par immersion. Carly Fiorina est épiscopalienne, anti-avortement (sauf en cas de viol ou d’inceste, à condition que la victime paie elle-même les frais) et aime à raconter que 2 hommes l’ont aidée à surmonter son cancer du sein : son mari et Jésus. Jim Gilmore, ancien Gouverneur de Virginie, est membre de l’Eglise méthodiste unifiée et a instauré un moment de prière et de recueillement obligatoire au début de chaque jour d’école.
Lindsay Graham, pour sa part, considère que l’Eglise doit être rigoureusement séparée de l’Etat, tout en ayant introduit une proposition de loi visant à obliger les fonctionnaires à reconnaître dieu comme source souveraine de toute loi. Mike Huckabee a été pasteur baptiste et refuse le mariage homosexuel. Bobby Jindal, hindouiste converti au catholicisme, est devenu créationniste : les dinosaures n’ont jamais existé, la terre étant née telle quelle il y a 6.000 ans. John Kasich, lui, interprète la bible au pied de la lettre : « il y a vraiment eu une arche, et Noé a vraiment accompli sa mission ». Georges Pataki, catholique, est le seul favorable à l’avortement. Rand Paul, tout en concédant « ne pas être totalement libéré du doute », entend privatiser le mariage homosexuel. Rick Perry, ancien gouverneur du Texas, a imposé aux femmes qui désiraient pratiquer l’avortement de regarder l’échographie du fœtus et d’écouter les battements de son cœur.
Mario Rubio, qui a changé plusieurs fois de chapelles (catholique, mormone, baptiste, à nouveau catholique), se veut désormais « religieusement exigeant et intransigeant ». Rick Santorum considère que le mariage est nécessairement « entre 1 homme et 1 femme, pas entre 2 hommes, pas entre 1 homme et 1 enfant, ni entre 1 homme et 1 chien. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, elle, est une intervention communiste. Cela me fait vomir ». Santorum ad nauseaum ! Donald Trump –le magnat de l’immobilier- est protestant presbytérien et collectionne les bibles. Enfin, Scott Walker a quitté l’église baptiste car elle accueille les homosexuels, tandis qu’il affirme que c’est Jésus-Christ qui lui a fait aimer son épouse.
Qu’ils soient noir (1 seul), blancs, latinos ou femme (1 seule), toutes et tous ont une constante : c’est à qui sera le plus croyant, le plus sauvé par dieu. Ce phénomène s’explique par le système politique américain en lui-même, où il faut absolument terminer premier : la deuxième place n’est pas qualificative ! Dans ce pays fortement bercé par la religion, très présente dans la sphère publique (on parle souvent de religion civile), chaque candidat s’affiche donc avec dieu, qui n’en demandait sans doute pas tant.
Derrière cette surenchère de déclarations dévotes, un seul objectif : les voix des électeurs qui, au contraire des voies du seigneur, sont pénétrables. Il faut donc les conquérir !
Je sors enfin, après plusieurs années, de ce que certains appellent la crise de la quarantaine. D’autres appellent cette remise en question, qui touche généralement les 35-60 ans, la « transition du milieu de vie ». Moment très étrange, en définitive, que cette étape-charnière dans la vie d’un homme. Il m’a fallu près de 2 ans pour retrouver une motivation, un nouveau défi. J’ai presque honte de vous raconter cela.
Certains trouveront peut-être indécent que je puisse oser me plaindre. Et pourtant… Quand on prend conscience que l’on a désormais plus d’années derrière soi que devant, on dresse, d’abord inconsciemment, puis ensuite consciemment, le bilan de la première partie de sa vie.
Avec le recul, ma démarche s’inscrit, ni plus ni moins, dans celle rencontrée par des millions de personnes. Vous achevez vos études, vous avez généralement un besoin impératif de travailler (car financièrement vous n’avez pas le choix) et vous vous jetez à corps perdu dans la vie professionnelle. L’avantage d’enchaîner, comme je l’ai fait pendant des années, 16 heures par jour, souvent 7 jours sur 7, c’est que vous mettez de côté, dans un coin de votre subconscient, toutes les questions qui vous gênent ou qui feraient ressurgir ces blessures d’enfance dont vous ne vous êtes jamais, au fond, totalement débarrassées. Vous gagnez de l’argent, vous construisez la belle maison qui permet d’accueillir, dans un petit nid sympa et douillet, votre conjoint et vos enfants. Et puis, à un moment donné, subitement, quand vous avez atteint tous vos objectifs… c’est le trou, le néant !
Comment faire pour donner un nouvel élan à cette vie qui, soudain, vous paraît ennuyeuse ? Comment faire pour combler ce terrible sentiment d’inutilité qui vous habite et se transforme, peu à peu, en un grand vide intérieur ? Vous n’êtes pas vraiment malheureux. Pas vraiment heureux non plus. Vue de l’extérieur, votre vie paraît plutôt réussie. Et pourtant, chaque matin, lorsque vous vous regardez dans le miroir, vous remarquez que vous avez encore pris du poids ou une ride supplémentaire. Votre regard se perd dans le vague et le lointain. Et bientôt, vous n’avez même plus envie de vous lever.
Les questions affluent, s’entrechoquent et, chaque jour, se répètent de manière lancinante : vais-je pouvoir accepter ce corps qui, bien malgré moi, se transforme, vieillit ? Comment va mon couple ? Suis-je encore en harmonie avec mon conjoint ? Ai-je envie d’une autre relation ? Pourrais-je encore séduire, en utilisant non plus mon physique enrobé mais mon humour, mes cheveux grisonnants et mon expérience ? Comment vis-je le fait que mes enfants grandissent, s’éloignent ? Ne suis-je pas passé à côté de ma vie privée en sacrifiant autant à ma vie professionnelle ? Suis-je encore satisfait de cette vie privée et/ou professionnelle ? Ai-je fait les bons choix jadis ? Dois-je changer d’orientation ?
A toutes ces questions, il importe à chacune et chacun de trouver ses propres réponses. Cela peut parfois prendre du temps. Des moments de doute, de peur, de crainte. Quitter son confort actuel ? Pour aller où ? Avec qui ? Après une longue période de questionnement, vous vous rendez compte qu’il n’y a finalement rien à regretter des choix posés dans le passé. Vous ne pouvez de toute façon pas les modifier. Ceux-ci vous ont permis de vous intégrer dans votre vie professionnelle, affective, sociale.
Par contre, il peut arriver qu’ils ne correspondent plus à l’évolution que vous sentez germer et naître en vous. Alors, vous rectifiez, par petites touches, votre présent et vous vous prenez à rêver à un nouvel avenir, à de nouveaux projets, à de nouveaux défis.
J’ai finalement choisi de le faire non par des changements brutaux, mais par des ajustements tantôt mineurs, tantôt majeurs. Ces choix se sont évidemment révélés difficiles. Quitter la sécurité relative des vieilles habitudes n’est pas chose aisée. Mais ces décisions m’ont permis de retrouver quelques-unes de mes aspirations profondes. Celles qui me faisaient vibrer dans ma jeunesse. Pour certains, c’est faire partie d’un groupe de rock alternatif, se mettre à peindre, etc. Pour moi, ce fut de reprendre la plume (abandonnée il y a 20 ans, faute de temps, et happée par le tourbillon d’une vie professionnelle surchargée). Juste pour le plaisir et pour un moment de partage avec vous, amis lecteurs.
Dans le même ordre d’idées, j’ai décidé de vivre mes rêves : reprendre les chemins du voyage pour découvrir de nouvelles cultures, reprendre le chemin des stades pour vibrer en regardant des matchs de rugby, consacrer plus de temps aux gens que j’aime.
M’affranchir aussi totalement du regard des autres qui ne connaissent de moi que l’image véhiculée ou perçue à travers mon engagement public. C’est amusant, en définitive, d’être présenté comme un tueur froid alors que, depuis ma plus tendre enfance, je suis quelqu’un de profondément sensible, écorché vif, amoureux de littérature et de poésie.
Jeremy Corbyn. Ce nom ne vous dit sans doute pas grand-chose. A peine est-il connu en Angleterre. Et pourtant, c’est le nouveau leader du Parti travailliste. Il n’a rien pour plaire : âgé de 66 ans, considéré comme un quasi-communiste, pacifiste, républicain, anti-nucléaire, anti-apartheid, il a été de tous les combats de l’aile gauche du Labour. Piètre orateur, vainqueur du prix du Député le plus mal habillé, 5 fois lauréat du prix de la barbe parlementaire, divorcé 2 fois, marié aujourd’hui à une Mexicaine de 20 ans sa cadette qui vend du café au nom du commerce équitable.
Largement donné perdant en début de campagne (les bookmakers le cotaient à 200 contre 1 !), Corbyn a tout emporté sur son passage : des meetings affichant salle comble, des jeunes supporters se comptant par milliers. Le Parti Travailliste a ainsi doublé ses sympathisants en quelques semaines. Elu avec 60% des voix, cet ascète (il est végétarien, ne boit pas d’alcool, aime faire des confitures et se déplace uniquement à vélo) est la nouvelle coqueluche de la gauche anglaise. La clé de son succès ? Sa sincérité et son authenticité. Dans un pays relativement conservateur, où les élections se gagnent désormais au Centre, il est peu probable que l’intéressé devienne un jour Premier Ministre.
Son mérite est aussi sa faiblesse : être un homme de valeurs profondément ancrées à gauche. Tout le contraire de son prédécesseur, Tony Blair, seul travailliste à avoir gagné 3 élections législatives successives. Et pourtant, aujourd’hui, c’est l’un des anciens dirigeants les plus détestés, en raison visiblement d’une passion vorace pour l’argent. Reconverti dans les affaires (investissements miniers ou pétroliers, conseils stratégiques), en mélangeant business et diplomatie (simple reflet, finalement, de ce que sont les relations internationales), l’intéressé est devenu le spécialiste des gesticulations vaines, des grands discours séduisants (mais vides de sens) et des déplacements à coûts faramineux.
Corbyn/Blair, au fond, ne sont ni plus ni moins que les représentants des 2 facettes de la gauche actuelle. L’une sans compromis, l’autre minée par les compromissions.
Les 2 vouées à l’échec politique.
Vincent Lambert. Un prénom et un nom qui, en France, témoignent de ce combat –jamais gagné !- de pouvoir mourir dans la dignité. D’un côté, la femme et 6 des frères et sœurs de la victime, partisans de mettre fin à son calvaire. De l’autre, 2 des frères et sœurs et surtout, les parents, des catholiques traditionnalistes, qui refusent l’arrêt des soins.
Pris entre les 2 camps, Vincent qui, depuis un accident de la route survenu en 2008, est plongé dans un état de conscience minimale, dit « pauci-relationnel » ou encore « conscience minimale plus ». Bref, un état proche du végétatif ! 7 années pourtant que l’agonie de ce pauvre homme se prolonge, les parents ayant multiplié les procédures judiciaires, jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme (qui leur a d’ailleurs donné tort).
L’épouse du patient accuse ouvertement certains mouvements catholiques intégristes d’avoir instrumentalisé l’affaire : c’est, en effet, sur des sites radicaux proches de la mouvance intégriste (« Riposte catholique », « Le Salon beige ») ou sur le blog anti-avortement d’une journaliste de « Présent » que sont publiées les informations concernant cette affaire. En outre, l’avocat des parents est le défenseur attitré du mouvement intégriste « Civitas », dont l’attachée de presse serait une proche de l’ « Opus Dei » !
Bref, que du beau monde…
Le Comité de soutien pour le maintien en vie de Vincent Lambert a même diffusé une vidéo de celui-ci, filmé sur son lit d’hôpital. Un manque total de respect, tant pour le malade que pour son épouse et sa fille, qui se voient ainsi privées de leur droit élémentaire au deuil.
Aviez-vous déjà remarqué que les plus sectaires d’entre nous sont, bien souvent, les moins respectueux des souffrances des autres ? Pour ces nouveaux croisés, « charité bien ordonnée s’arrête à soi-même ».
« La meilleure société n’est pas celle qui accumule le plus de biens, mais celle qui obtient le plus de bonheur pour ses membres ». Ces propos émanent de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. Je partage cette analyse : en mon for intérieur, j’ai la conviction que le bien-être des personnes dépend des revenus, de la consommation, de la richesse, mais aussi de l’éducation, de la santé, de la culture et d’une relative paix sociale et politique. Il est toujours possible de bâtir une société meilleure, plus juste. Pour toute population, le moteur de l’histoire reste le désir d’obtenir plus de liberté, de meilleures conditions de vie, de justice et de dignité.
Comment y parvenir ? Il faut d’abord une véritable volonté politique : le projet défendu doit être une priorité. L’Etat ne doit pas hésiter à intervenir en matière économique, afin de mettre un terme aux abus en tous genres commis par les spéculateurs, les multinationales et autres acteurs néfastes. De même, dans cette vision progressiste de l’évolution de la société, les sciences et les technologies apparaissent non pas comme de sombres menaces (destruction d’emplois, déshumanisation) mais comme des germes d’espoir, d’amélioration de la condition de l’être humain : elles doivent donc être promues à travers des politiques publiques actives. La matière grise prime alors très clairement sur la matière première !
Enfin, l’accent doit être mis sur l’accès généralisé à l’éducation et à la culture, éléments essentiels permettant le développement intellectuel du plus grand nombre de citoyens.
Utopie ?
Non : humanisme.
Il y a quelques semaines, au Parlement européen, se tenait une exposition intitulée « César, un dossier sur les tortures syriennes ». Des photos de femmes, d’enfants et surtout d’hommes, aux corps flagellés, brûlés, étranglés ou troués par on ne sait quels instruments, avec des yeux encore ouverts et révulsés. César (son pseudonyme), c’est un militaire syrien qui, entre 2011 et 2013, était chargé de photographier les cadavres –pour les répertorier-qui arrivaient en provenance des prisons et des centres de détention du régime. Soit 55.000 clichés (pour environ 11.000 victimes) que César, réussissant à fuir en 2013, a emportés avec lui. Et qui témoignent, pour ceux qui en douteraient encore, que le régime de Bachar El-Assad n’a rien à envier, en matière d’atrocités, à l’Etat islamique. La barbarie sommeille toujours en l’être humain, sous le fin vernis appelé « civilisation ».
Pour celui qui aime la complexité des jeux politiques, la Syrie est le pays idéal pour faire une thèse sur le sujet. Au départ, face à une rébellion hétéroclite surtout sunnite et financée par l’Arabie saoudite et la Turquie, le régime alaouite (une branche du chiisme) d’El-Assad noue un pacte de non-agression avec l’Etat islamique (pourtant lui aussi sunnite et lui aussi financé par les Saoudiens avant, telle la créature du Docteur Frankenstein, de se retourner contre eux) afin que celui-ci élimine les groupes rivaux de la rébellion. Mais, contrairement à ce que le pouvoir avait prévu, l’EI se montre rapidement très (trop) efficace ! Désormais, le groupe terroriste contrôle 50% du territoire, l’opposition un peu moins de 20% et les forces gouvernementales 30%. Alors, pour aider un régime chancelant, arrivent à présent des milliers de combattants chiites venus principalement d’Iran ou du Liban (via la milice « Hezbollah »). Cela simplifie un peu les choses : on se bat désormais essentiellement entre chiites et sunnites.
Notons que cette rivalité entre les 2 branches de l’islam est ancestrale : elle dure depuis l’an 632 quand, à la mort du prophète, les prétendants se sont affrontés pour sa succession. A l’époque, ce sont les partisans (dits « sunnites ») d’Abou Bakr, un compagnon de longue route de Mahomet, qui ont battus les partisans (dits « chiites ») d’Ali, le gendre de Mahomet. Nous sommes en 2015 : cela fait exactement 1.383 ans que dure cette sanglante rivalité !
Et moi qui croyais être rancunier…
Les actes (décapitations, personnes brûlées vives, tortures en tous genres, viols, mise en esclavage sexuel des femmes issues de minorités religieuses) commis par l’EI m’incitent à réfléchir à la question suivante : comment lutter contre l’extrémisme islamiste ? Ces agissements d’une violence insoutenable ont également suscité un débat quant à la source même du problème : l’islam de manière générale ou ceux qui utilisent cette religion pour leurs propres intérêts et objectifs ? On pourrait en dire autant du christianisme d’il y a quelques siècles et de ses célèbres inquisiteurs, qui se considéraient comme les représentants d’un dieu.
Les mesures de rétorsion (qu’elles soient militaires ou de stigmatisation) prises par/dans les pays occidentaux peuvent paraître naturelles et spontanées. En fait, elles servent d’abord et avant tout les intégristes, en renforçant la radicalisation de certains musulmans, ce qui favorise encore plus le recrutement, notamment dans les quartiers défavorisés et ghettoïsés.
Si le texte central de l’islam est le coran, composé de versets que les musulmans considèrent comme les mots de dieu révélés au prophète Mahomet, plusieurs penseurs considèrent toutefois qu’il convient de distinguer deux types différents de versets : les mohkamat, signifiant « juger entre 2 choses », et les motashabitah, qui veulent dire « être douteux ». Les premiers sont donc des principes fondamentaux, précis et immuables qui contiennent donc l’essence des conceptions de l’islam. Les seconds sont plus des injonctions qui concernent les règles de conduite à suivre dans la vie quotidienne. Ces lignes directrices peuvent –et doivent- être adaptées au progrès humain, technologique, aux normes sociales, qui changent dans le temps. Le travail de modernisation décrit ci-dessus rejoint la volonté de plusieurs dignitaires religieux vivant en Europe d’adapter l’islam à la société occidentale actuelle, notamment pour le mettre en conformité avec les valeurs de la démocratie. On ne peut que saluer ces initiatives.
L’athée et libre-penseur que je suis se doit néanmoins d’émettre quelques réserves sur cette volonté louable.
Actualiser une religion est évidemment une nécessité. Pourtant, la plupart des croyances continuent à reposer sur des textes poussiéreux datant de plusieurs siècles, où le progrès, notamment scientifique, en était encore à ses premiers balbutiements. Combien d’incohérences, de contrevérités et d’aberrations servent encore et toujours de base à une lecture littérale de la bible, du coran, de la torah ?
Au-delà d’une simple (bien que nécessaire) rénovation de sa pensée, l’islam ferait bien de faire enfin son aggiornamento (réforme) politique. Dans la plupart des pays musulmans, il n’existe aucune différence entre la sphère publique et la sphère privée. La gestion de l’Etat s’entremêle inextricablement avec la religion. Or, si le fait de croire est en soi respectable et légitime, il est inacceptable que la liberté de ne pas croire ou de douter de l’existence d’un dieu soit considérée comme un crime parfois punissable de la peine de mort !
Même si elle parvient un jour à se moderniser, toute religion, quelle qu’elle soit, reste intrinsèquement persuadée de détenir une vérité intangible, sa vérité. Elle continue donc, inexorablement, à vouloir imposer ses principes à l’ensemble de la société.
Je viens de relire les « Chroniques de la haine ordinaire », de mon humoriste favori, Pierre Desproges. 30 ans après, les Chroniques ont disparu. Il ne reste plus que la haine ordinaire. L’Europe, berceau du siècle des Lumières, de la tolérance, serait-elle en train de sombrer sous les coups de boutoir du populisme ? La manière dont le racisme –souvent pour des raisons électoralistes- se développe dans une partie de la classe politique –à coups de petites phrases assassines, emplies de sous-entendus- et dans de nombreuses couches de la population –y compris au sein du « peuple » de gauche- est assez effrayante.
Je me remémore assez aisément les « bons » mots entendus récemment : « L’immigration ? Croyez-moi : le virus Ebola peut régler cette problématique en 3 mois ! », « L’immigration est un fardeau », « Les clandestins deviennent arrogants et exigeants », « Les Syriens quittant leur pays pour échapper à la mort sont des déserteurs », « Ils arrivent ! », « Un lit, un bain et du pain pour les réfugiés. C’est tout ! », « Je veux protéger mon pays d’une invasion. Ce n’est pas de la xénophobie mais du patriotisme ! ».
Depuis des années, certains hommes politiques, de gauche comme de droite, ont couru, tels des dératés, après l’électorat d’extrême-droite, en oubliant qu’on préfère toujours l’original à la copie. De la même manière, certains médias, en accordant aux responsables des partis populistes une surreprésentation, tant au niveau du temps de parole que dans le traitement de l’information, ont clairement contribué à la mise en lumière d’idées nauséabondes. Celles-ci, pourtant au départ marginales, se sont banalisées. Nous assistons désormais, médusés, à cette lente, mais continue, « lepénisation » des esprits.
En cette période troublée, le racisme ordinaire deviendrait presque une norme. C’est oublier un peu rapidement que la crise des migrants est avant tout le résultat de la faillite de la politique diplomatique et militaire de l’Europe au Proche-Orient. C’est oublier un peu rapidement que les fondements de l’idéal européen sont nés au XVIIIème, avec les Encyclopédistes, qui se faisaient une priorité de l’accueil et de la protection des opprimés, quelles que soient leurs origines ethniques, sociales ou religieuses. Ce soir, alors que je ne suis pas spécialement fan de ce chanteur, j’ai réécouté plusieurs fois les paroles de Maxime le Forestier : « On ne choisit pas ses parents, On ne choisit pas sa famille On ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille, De Paris ou d’Alger Pour apprendre à marcher Être né quelque part Pour celui qui est né C’est toujours un hasard »…
Tout récemment, à grands renforts de communiqués de presse et de photos stylisées, on apprenait que les 75 premiers rebelles syriens des « Nouvelles Forces Syriennes », combattants issus de l’opposition modérée (reste encore à déterminer ce que signifie ce mot !) et entraînés par les Etats-Unis, avaient pénétré en Syrie, au départ de la Turquie. 4 jours plus tard, on apprenait que la totalité du bataillon, soit 12 jeeps armées de mitrailleuses, s’était violemment heurtée à l’Etat islamique et avait été, quasi dans son intégralité, décimé. Quand on voit l’efficacité de l’encadrement des troupes au sol et de la campagne aérienne menés par les Occidentaux, on comprend mieux pourquoi à Bagdad, capitale de l’Irak, ce sont les cours de natation (dans une zone pourtant désertique) et la vente de gilets de sauvetage fluorescents (munis d’un sifflet en cas de naufrage) qui explosent.
L’été s’achève. Avec l’arrivée de l’automne vont disparaître les dernières hordes de louveteaux envahissant les routes de nos contrées. Une chose est certaine : Baden Powell, l’inventeur de cette horreur absolue qu’est le scoutisme, devait être un pervers sadique (note de l’auteur : je l’avoue, cette affirmation est tout à fait gratuite. Mais on ne se refait pas : je donnerais mon royaume pour un bon mot déplacé !).
Mettons-nous un instant à la place d’un adolescent, âgé de 14 ans, en pleine puberté et contraint, jour après jour, de prendre au moins une douche froide quotidienne pour réfréner ses pulsions hormonales incontrôlables. Depuis des semaines, cet éphèbe se réjouit, nuit et jour (surtout la nuit d’ailleurs) de ce moment magique où il pourra, sur une plage bondée de la Méditerranée, observer, discrètement mais intensément, à l’ombre (d’un parasol), les jeunes filles en fleurs, tout en masquant maladroitement l’érection dantesque visible dans son maillot de bain trop étroit (car sa maman, qui refuse de voir son bébé grandir et devenir un homme, lui a acheté, cette année encore, des vêtements taille « 12 ans »).
Et soudain, après des semaines d’un langoureux espoir, voici que ses parents lui annoncent la terrible nouvelle : « Cette année, tu iras dans un camp scout » ! Une jeunesse fauchée en plein vol… Et voici notre malheureux contraint, sous un soleil de plomb, d’avaler les kilomètres, habillé de culottes courtes ridicules et de chaussures de marche ressemblant plus à des « combat shoes » avant, humiliation suprême, d’être « totémisé », le soir, au fond d’un bois… tandis que ses camarades de classe, eux, auront eu la chance d’aller mater à la plage des cougars en monokini !
« Nous sommes tous égaux devant la mort ». Une récente enquête diffusée par la chaîne Arte répond par la négative à cette affirmation péremptoire, censée nous consoler au moment du grand saut dans l’inconnu. Il vient en effet d’être démontré, chiffres à l’appui, que le prix d’une vie humaine variait d’un individu à l’autre. La mort d’un Américain ? 3 millions de dollars ! Celle d’un Européen ? 1,5 million d’euros ! Celle d’un Africain ? A peine 50.000 dollars ! Simple rumeur ? Que du contraire : tout simplement une enquête réalisée parmi les assureurs du monde entier. Exemple illustratif : un crash aérien au large de Papeete (Polynésie française) ayant causé la mort de 19 personnes. Le tribunal n’a pas indemnisé les parents des victimes de la même manière : mort d’un cadre supérieur : un peu plus de 2 millions d’euros ; celle d’un fonctionnaire : 1,1 million d’euros ; un cadre moyen : 461.000 euros ; une jeune employée de PME : 219.000 euros. Les indemnités sont en effet établies en fonction de la perte financière subie par la famille et calculées en fonction de l’âge et des ressources financières de la victime. Si la vie n’a pas de prix, « le prix de nos vies », pose un constat terrible, mais lucide.
La Commission des droits de l’homme de l’ONU vient d’élire l’Arabie saoudite à la tête de son Comité consultatif. L’information date de juin mais avait été tenue secrète jusqu’à présent. J’avoue ne pas très bien comprendre les raisons (hormis celles liées aux relations internationales) de cette « nomination ». 1.000 coups de fouet pour un blogueur ayant commis le crime d’écrire « Libérez les libéraux saoudiens », la décapitation prochaine d’un opposant (mineur au moment des faits) avant crucifixion en place publique (jusqu’à pourrissement des chairs) pour avoir participé à une manifestation anti-gouvernementale, des centaines de morts dans une bousculade suite à des problèmes de sécurité lors du traditionnel pèlerinage de La Mecque : cet Etat ne symbolise pas vraiment l’idée que je me fais d‘un pays où règnent les droits de l’homme !
Marraine d’un islam(isme) conservateur et extrémiste, gérontocratie royale minée par les divisions, affaiblie économiquement par la chute du prix du baril, l’Arabie saoudite fait face actuellement à de nombreuses difficultés. Le libéral (au sens philosophique du terme) que je suis ne peut que s’en réjouir. Ayant été pendant longtemps la principale manne financière du djihadisme international afin de promouvoir sa conception moyenâgeuse de l’islam et de la gestion de l’Etat, où intérêts personnels, politique et religion ont toujours fait bon ménage, le royaume saoudien est aujourd’hui entré dans « une petite zone de turbulences ». Puissent ces perturbations s’aggraver un peu plus : il arrive en effet parfois qu’un nouvel ordre surgisse du chaos… au plus grand déplaisir de certains dirigeants occidentaux qui, d’un côté, s’érigent en gardiens de la liberté et grands pourfendeurs du terrorisme et, de l’autre, demeurent toujours les principaux pourvoyeurs d’armes de l’Arabie.
Au détour d’une information anodine, me voilà soudain replongé dans mes souvenirs d’un « Week-end à Rome », comme le chantait si bien Etienne Daho. J’ai découvert la Cité éternelle en 2001. Le plus drôle dans cette affaire, c’est que je ne voulais pas y aller (alors que je suis passionné par l’histoire antique). A peine arrivé, dès les premiers instants et les premiers regards, je suis tombé fou amoureux de cette ville. Il y a des endroits où vous vous sentez immédiatement bien, en paix avec vous-mêmes. Vous ne savez pas pourquoi. Est-ce une atmosphère particulière ? La beauté des édifices ? Le mélange des genres entre moderne et ancien ?
Près de 15 ans après cette découverte inattendue, je n’en sais toujours rien. Si ce n’est qu’à chaque séjour, le plaisir est le même, sans cesse renouvelé. J’y connais des moments de grande sérénité. Jusqu’à ma mort, je me souviendrai des petites rues entrelacées vous emmenant vers des places minuscules, encombrées de terrasses où le lierre accroché aux façades tombe quasiment dans votre verre ; de la Piazza del Populo (« place du peuple