À mes bichons maltais qui ne sont pas les miens, mais un peu quand même, et à leur papa qui m’a offert une famille formidable !
É.C.

L’auteur : Élodie Cingal est psychothérapeute à Paris. Au-delà de la psychothérapie de l’adulte, elle s’est spécialisée dans les problématiques liées aux séparations/divorces et à la recomposition familiale. Elle s’est intéressée à ce domaine en devenant belle-mère de deux enfants il y a six ans.

Élodie a fait du bénévolat durant trois ans dans une association qui valorise la place des pères, qui prône la résidence alternée et qui travaille à une égalité des sexes dans la vie privée et professionnelle. Elle écrit régulièrement des articles sur son blog http://psy-conseil-divorce.over-blog.com/#

L’illustratrice : Dafne Saporito passe son enfance à voyager entre trois pays : l’Italie, pays dont elle est originaire ; l’Angleterre, où elle se passionne pour les célèbres Peanuts de Charles Shulz et finit par atterrir en France, d’abord à Toulouse, puis à Chambéry où elle obtient son diplôme à l’Enaai, école d’arts appliqués. Elle finira par s’installer à Montpellier où elle travaille pour Feerik, société de jeux vidéos en ligne. Ses illustrations, enrichies par ses voyages, montrent qu’elle s’intéresse à plusieurs genres : l’illustration jeunesse, l’illustration de mode, le manga et le jeu vidéo. Son blog : http://naivederive.blogspot.com/

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Introduction

« Les relations sont sûrement le miroir dans lequel on se découvre soi-même. »

Krishnamurti

Le monde est en mouvement et il se transforme avec une telle rapidité que chacun est perdu. Auparavant, il existait un modèle de famille, aujourd’hui il en existe des multitudes : nucléaire, recomposée, monoparentale, homoparentale…. Ce qui prime maintenant, c’est l’accent mis sur l’individu et ses interactions affectives. Ce n’est plus le mariage qui fonde la famille mais le lien amoureux. Le couple et la famille sont alors plus fragiles.

Les lois se modifient pour faciliter et accélérer les procédures de divorce. Les séparations et les divorces sont nombreux. Deux mariages sur trois à Paris et un sur trois en province se soldent par un divorce.

Nous avons la possibilité alors d’avoir plusieurs histoires d’amour et plusieurs rôles dans une seule vie. Nous avons plusieurs pères ou mères pour nos enfants.

La recomposition familiale est compliquée et elle nécessite que l’on prenne un peu de temps pour pouvoir réussir ce qui a échoué une première fois : un couple et une famille. Pourtant, nous partons avec des paramètres plus compliqués, des peurs plus nombreuses et des relations interpersonnelles plus complexes à développer.

Ce petit « mode d’emploi » pour réussir sa recomposition familiale n’est donc pas superflu. Il se veut simple et chronologique. Il part du principe que la réussite de la recomposition familiale passe par les enfants. Sans enfants, il n’y a pas de recomposition, il y a une simple mise en couple. C’est la présence d’enfants qui rend l’aventure complexe.

Partant de l’idée que l’enfant est au cœur de la réussite, il faut comprendre comment l’enfant se sent aujourd’hui. Quel type de parent a-t-il eu ? Comment s’est passée sa relation à ses parents du temps de l’amour puis durant la période de séparation ? Quel impact a eu la séparation de ses parents sur lui et sur sa vie d’enfant de parents divorcés/ séparés ? Et enfin quelle est l’organisation de la vie avant et durant l’arrivée d’un beau-parent ?

Comment va se dérouler l’arrivée de l’amoureux et tout ce que cela entraîne : l’annonce et la présentation aux enfants, la gestion de l’ex, le déménagement, les modes de gardes ?

Et enfin, dans les termes « recomposition familiale », il y a aussi la notion de fratrie qui s’agrandit ! Que devons-nous faire ou ne pas faire ?

Et n’oublions pas la famille étendue, les grands-parents de l’enfant mais aussi la famille du beau-parent ! Comment mélanger tout ce petit monde ? Comment faciliter l’amour et la confiance quand on est passé par une rupture et des conflits ?

Bien que diplômée d’un master en développement de l’enfant, j’évite de les recevoir en thérapie. J’avoue mes limites face aux enfants. Il m’est trop douloureux de voir et ressentir la souffrance d’un enfant. De plus, souvent, les parents accompagnent l’enfant chez le psy dans l’espoir de voir se régler quelque chose qui trouve en réalité son origine dans les interactions parents/enfants, père/mère, beau-parent/ bel-enfant et beau-parent/ parent. J’aime donc l’idée qu’en travaillant avec les parents, les enfants en tirent un bénéfice. C’est donc grâce à mon expérience auprès de parents séparés ou divorcés que j’ai pu comprendre ce qui fonctionnait ou non dans la recomposition familiale. Bien que la réussite passe par l’enfant, c’est par l’adulte, dans sa gestion de la situation, dans son discours et dans sa capacité à rebondir, et à être créatif, que la recomposition de la famille se fera avec plus ou moins de facilité.

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D’abord, il y a les parents

La qualité de la relation parentale

Les relations entre les deux parents sont essentielles pour la construction psychologique de l’enfant. Les enfants observent leurs parents et, par mimétisme, reproduisent les habitudes conjugales. Qui n’a jamais vu son enfant jouer au papa et à la maman ? C’est en observant son enfant avec ses Barbie, par exemple, que vous verrez comment l’enfant perçoit votre couple. Barbie embrasse Ken ou se dispute avec lui. Ken est au travail, Barbie fait le ménage (ou vice versa !). L’enfant observe la qualité des relations conjugales de ses parents et se base sur leurs interactions pour comprendre les relations humaines. Partant de ce postulat, il est évident qu’un couple parental toujours en conflit, incapable de gérer son stress, indisponible, n’aura pas le même impact sur son enfant que celui qui s’avère plus solide.

Il ne s’agit pas ici de culpabiliser les parents qui ont vécu un conflit, ou ceux dont la gestion du stress est difficile. Chacun fait ce qu’il peut en fonction de son histoire personnelle, de la situation et du soutien qu’il trouve dans son entourage. Ici, il est simplement question de faire un bilan des parents que nous avons été afin de mieux comprendre notre enfant. Il s’agit de développer l’observation et l’empathie envers notre enfant pour tenter de comprendre les prédispositions ou les réticences de celui-ci à accueillir notre nouveau compagnon.

Pour que l’enfant puisse se balader dans une future famille recomposée, il faut s’interroger sur la qualité de la relation amoureuse que nous lui avons montrée pendant la vie de notre couple mais aussi sur la capacité que nous avons à gérer notre stress et nos conflits.

Respect et affection

Soutenir l’autre parent, maintenir une relation stable, s’encourager mutuellement, montrer le respect et l’estime que nous portons au parent de notre enfant va donner à celui-ci une base solide pour ses relations à venir et surtout créer un sentiment de sécurité indispensable à sa vie présente et future.

L’enfant trouve alors en ses parents des éléments en lesquels il pourra s’identifier et acquérir son autonomie. Ce qui lui permettra d’être libre et spontané dans ses relations à l’autre. L’enfant, parce qu’il sait que l’amour et le respect entre ses deux parents existent ou ont existé, pourra utiliser ses réserves de sécurité emmagasinées tout au long de l’observation de la vie de ses parents ensemble.

Les parents dont la relation conjugale était stable avaient de l’énergie et étaient disponibles pour leur enfant. Ils apportaient alors à leur enfant de la confiance en soi et en l’autre. Il ne s’agit pas de temps réel : un parent n’a pas besoin d’être tout le temps avec son enfant pour être satisfaisant. Il est parfois préférable de ne voir son parent qu’une heure par jour, mais que cette heure soit un espace-temps de relation saine, affective et sécurisante. Lorsque l’enfant sait que son parent sera là à tel moment et saura répondre à ses besoins – l’envelopper et l’assurer de sa bienveillance passée, présente et future -, il enregistre qu’il est lui-même aimable et bon. Et le plus important, l’autre ne sera pas source de peur. L’enfant sera armé pour se confronter au monde et aux autres.

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Des difficultés entre les parents

Les parents, pris dans leurs difficultés conjugales, tendent à transmettre à l’enfant des messages confus et contradictoires, difficiles à comprendre. Certains parents prennent l’enfant à témoin, d’autres recherchent une affection plus soutenue de la part de l’enfant pour se rassurer, d’autres encore n’ont plus d’énergie pour s’occuper de leur enfant. Malheureusement, quand les parents sont préoccupés par leurs problèmes, ils ne sont plus disponibles pour observer les besoins de leur enfant et lui offrir des réponses adaptées et appropriées.

L’enfant ne se sent donc plus en sécurité avec son ou ses parents car ils n’ont pas ou plus les compétences parentales. L’enfant se sent abandonné et tend souvent à croire que ses parents ne l’aiment plus. Il aura tendance à se sentir responsable de cet abandon quand il ne se sent pas impuissant, en plus, à faire que ses parents se disputent moins ! L’enfant développera des angoisses d’abandon et de rapprochement le rendant avide de trouver des éléments de réassurance affective. Ce sentiment d’abandon sera renforcé par la séparation et créera un terrain favorable à ce qu’il se sente redevable vis-à-vis de l’un de ses deux parents. Le conflit de loyauté peut naître !

Les relations des deux parents et leurs capacités à gérer le conflit sont deux facteurs essentiels pour que l’enfant apprenne à se sentir en sécurité dans le monde. La façon dont l’enfant va pouvoir supporter la rupture des parents en dépendra.

Puis la séparation

Si un couple est la somme de la construction de deux individus avec une vie psychique différente et que leur mise en commun a échoué, il est compréhensible qu’une séparation soit complexe. Elle met en scène, entre autres :

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Une séparation consensuelle et rapide

C’est bien évidement la solution « la moins pire » ! L’enfant, mais aussi, les deux acteurs adultes n’ont pas à subir une guerre d’usure psychologique. Les deux parents s’entendent et montrent encore une fois à l’enfant respect, indulgence et projet commun. Les parents ne s’épuisent pas à faire valoir les heurts du passé et n’attendent pas réparation. Seule la séparation est en jeu.

Se séparer correctement devient leur unique préoccupation. Et tout le monde est gagnant ! L’enfant est pris en main par les parents et il n’y a pas de place au vide, au fantasme. L’enfant se sent pris en charge et l’enfant peut alors rester lui-même.

Dans une séparation consensuelle et rapide, les parents et l’enfant conservent l’énergie nécessaire à l’entrée dans le processus de deuil. La vie future en est facilitée car personne ne se perd dans la résolution de conflits inutiles et souvent destructifs. Le passage de la famille nucléaire à la famille décomposée se fait progressivement et tout en douceur. Chacun, séparément et ensemble, est concentré sur le projet de reconstruction.

Dans les cas où les parents continuent à se témoigner de l’estime malgré la séparation, il faut expliquer la séparation aux enfants et les projeter, de la même manière rassurante qu’auparavant, dans le futur. Pour cela, expliquer l’organisation à venir, leur permettre de communiquer leurs impressions, les rassurer sur le fait qu’ils ne sont pas responsables de la séparation, entendre qu’aujourd’hui ils préfèrent Maman ou Papa et demain le contraire, insister sur le respect des règles de vie instruites durant la vie antérieure, et surtout ne pas permettre aux enfants de prendre le contrôle sur les nouvelles vies sous principe qu’on culpabilise de leur imposer une séparation, seront facteur d’une meilleure gestion de la séparation.

Une séparation conflictuelle

Je me souviens de ce patient qui, malgré un divorce conflictuel, continuait à bien s’entendre avec son ex-femme autour des enfants.

Quelque soit le motif du conflit – le mode de résidence des enfants, la répartition des biens et de la maison, la pension alimentaire, l’autorité parentale conjointe… –, une bonne partie de ce conflit est amplifiée par les avocats. Dans le cas du patient ci-dessus, tant que les avocats n’étaient pas sollicités, les deux parents, bien que parfois en colère l’un envers l’autre, parvenaient à s’organiser et à montrer aux enfants qu’ils maintenaient les règles appliquées auparavant.

Malheureusement, comme souvent, une fois les avocats entrés en scène, les parents perdent le contrôle de leur relation au futur ex. Certains parents « s’apprécient » mais finissent par se faire la guerre pour GAGNER ! Dans le cas de ce papa, l’avocate de son ex-femme est celle qui a déterminé le mode de garde des enfants. Durant presque deux ans, les deux parents s’étaient entendus pour une résidence alternée. Après que la mère a rencontré l’avocate, il a été décrété que la résidence alternée n’était plus acceptable pour les enfants. Elle les fatiguait. Les deux parents se sont voués une bataille juridique tout en continuant à prouver aux enfants leurs valeurs et confiances communes quant à leur éducation. Ce cas montre bien comment des parents peuvent se respecter et se faire la guerre en même temps.

Ce type de guerre dure en moyenne deux à trois ans (selon la loi française). Une fois le divorce prononcé, les choses reprennent en général une forme acceptable et respectueuse pour chacun.

Les enfants de ce couple ont pu, malgré la guerre juridique, conserver l’amour de leurs deux parents, leur sentiment d’être en sécurité avec chacun et durant le passage de chez l’un à chez l’autre.

Ils ont évidement pâti du conflit juridique. Ils ont été témoins de discours et d’actes inappropriés. Ils ont tenté de résoudre le conflit. Ils ont souffert de ne pas pouvoir faire leur deuil sereinement. Ils ont été laissés de côté durant un temps. Mais la base n’ayant jamais déserté et les modalités de la séparation étant restées raisonnablement difficiles, ils ont pu s’en remettre assez rapidement.

Une séparation très conflictuelle et longue

Il arrive que les parents rejouent des histoires durant le divorce, des histoires qui n’ont rien à faire dans la réalité du couple actuel. Nous ne parlons pas ici de parents abusifs ou négligents. Nous nous intéressons ici à ces individus qui ont vécu une vie conjugale et parentale tout à fait satisfaisante, avec leurs qualités et leurs défauts. Rien chez ces individus n’était répréhensible avant la séparation. Au moment de la séparation, tout bascule.

Il s’agit ici des divorces qui comptent de fausses accusations graves : accusation de maltraitance, d’inceste, d’attouchement sur enfant, de consommation d’alcool ou de drogue, de viol conjugal. Et ceci alors qu’aucun élément probant n’existe, alors même que la justice tranchera systématiquement en faveur de l’accusé.

Ces divorces-là sont nocifs, traînent en longueur et balaient tout sur leur passage.

Ces séparations/divorces très conflictuels ont pour conséquence que l’enfant prendra parti pour l’un de ses parents et rejettera l’autre. Ce qui est logique. Après tout, n’est-ce pas le but de fausses accusations que de s’assurer le soutien inconditionnel de l’entourage afin de pouvoir s’accaparer l’enfant ?

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Après la séparation

Faire le deuil du couple et accepter qu’il ne reste plus que le lien parental entre les deux adultes est un passage obligatoire mais extrêmement complexe. Très souvent, c’est cette difficulté à passer de l’état de couple à l’état de parents qui fait défaut. Puisque nous ne pouvons plus reconnaître l’autre en tant que conjoint, nous ne voulons pas le reconnaître en tant que parent. Parce que voir l’autre est encore très douloureux, nous voulons le mettre à distance, nous isoler de lui et donc l’isoler des enfants. Cette stratégie est saine pour la personne en souffrance. Malheureusement, quand nous sommes parent, nous ne pouvons plus penser à nous uniquement. Nous devons aller contre la sauvegarde de notre équilibre pour le maintien de l’équilibre de nos enfants.

Quand les parents sont disponibles

Une fois le divorce prononcé, la séparation plus ou moins digérée, vient le temps de la reconstruction. Il est évident que si les parents s’entendent bien, ils se facilitent la vie, celle de l’enfant et leur relation entre eux. Chacun peut soutenir l’autre parent dans son projet de vie et dans son organisation. Chacun peut compter sur l’autre pour les urgences ou la gestion des difficultés avec l’enfant.

L’enfant sait alors qu’il peut compter sur ses deux parents et se sent en sécurité. Les deux parents écoutent l’enfant et réagissent selon des règles communes. Les angoisses de l’enfant sont canalisées car ses parents lui montrent qu’il ne peut pas les manipuler et ainsi il conserve sa place d’enfant. Chaque parent sert aussi de garde-fou à l’autre. Nous avons tendance, une fois parent solo, à vouloir parler davantage avec son enfant, à lui donner plus de responsabilité, à développer une plus grande complicité sur le mode du copinage. Cependant se confier à son enfant signifie mettre de côté son rôle de parent pour celui de copain : on abandonne alors l’enfant qui n’a plus de parent-parent mais un parent-copain. Or l’enfant écoute le copain et n’est plus pris en charge par le parent. Aussi, quand les parents s’entendent bien, il existe une forme de transparence entre eux qui permet de recadrer le parent un peu fragile et de le soutenir. Cette entente rend chaque parent disponible psychiquement et physiquement pour l’enfant.

Quand les parents sont préoccupés