Jean-Claude Cadilhac

L'Agenda de Janine

 


 

© Jean-Claude Cadilhac, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1065-8

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Mes vifs remerciements à ma fille, Alix, pour son aide précieuse qui a permis la publication de ce livre, et à mon petit-fils, Simon, qui lui a offert une couverture sobre et élégante."

 

I

 

Une de ces splendides journées de juin, dominée par un ciel bleu cobalt, comme il y en a beaucoup sur les hauts plateaux mexicains, touchait à sa fin. Vers l’Ouest, quelques cumulus avaient pris place. Une telle soirée aurait été rêvée pour goûter le calme au milieu de cette ravissante campagne transfigurée par les ultimes rayons du soleil au point de se coucher. Et pourtant je me trouvais mêlé à l’agitation exubérante d’une fête et depuis la terrasse, mon regard pouvait embrasser la foule choisie qui avait envahi les jardins ornés de rares essences et de fleurs somptueuses.

Déjà apparaissait au-dessus de la sierra cette frange rouge orangé précédant le crépuscule qui illuminait de riches tonalités pourpres les nuages épars. A cet instant, éclairée par une étonnante luminosité qui la mettait en valeur, je remarquai parmi les invités la silhouette distinguée de Janine Gerber. D’un geste gracieux, elle rejetait sa jolie tête en arrière en laissant échapper un rire perlé. Je me disais que je l’avais toujours connue et que j’avais toujours été sensible à son charme et à sa beauté. C’était une lointaine cousine, à peu près de mon âge, et depuis notre enfance où nous nous retrouvions durant les vacances dans le midi de la France, nous ne nous étions vraiment jamais perdus de vue.

Mais mon attention fut alors détournée par la conversation que soutenait le petit groupe à côté de qui je me trouvais. Quelqu’un venait d’affirmer que « Rincón Encantado », - c’est le nom du parc résidentiel qui, outre de nombreuses villas, disséminées le long d’un attrayant parcours de golf, enserre la vaste propriété où nous étions réunis -, était un vrai paradis :

« Il n’y a pas de paradis sur terre, répliqua le vieil Escalante, un fameux avocat de la région,  seulement parfois des paradis artificiels ; certains endroits peuvent sembler, à première vue, paradisiaques, mais ils ne le sont qu’un moment. Il y a de merveilleux paysages dont l’effet enchanteur agit comme un élixir pour remonter le moral, cependant ils ne sont rien sans un élan intérieur ou l’effort qu’on fait pour les atteindre. »

Je ne sais pas pourquoi cela me remit en mémoire certaines récentes observations que m’avaient dispensées ce radoteur.

« Tu sais, Jean-Luc, » m’avait-il dit, « que j’ai une haute idée de tes capacités mais, pardonne-moi ce que je vais te dire : Depuis longtemps il me semble que tu ne fais que protéger un acquis, tu ne te bats que pour conserver ton image d’expert en Agro-alimentaire, mais tu ne progresses plus comme tu le pourrais… »

Etait-ce vrai ?   En partie du moins :

Si je pouvais revenir en arrière, je retournerais de préférence à telle ou telle époque où j’étais foncièrement créatif, où un éventail de possibilités s’ouvrait devant moi, où la vie était un régal…

Comme, par exemple, quand j’étais directeur de Production de la multinationale KANDI pour l’Amérique Centrale.: notre groupe se développait, une série de nouveaux produits était successivement lancée avec bonheur sur le marché, - nombre d’entre eux étaient sortis de mon laboratoire d’essais-, nous habitions une jolie villa entourée de bougainvillées où nous percevions les senteurs du Pacifique tout proche. Mes jeunes enfants démarraient de bonnes études dans un collège renommé de la ville. Avec ma femme, nous suivions aussi leurs activités sportives et culturelles en tant que pupilles de classes de tennis ou de louveteaux et nous étions fiers d’eux. Le dimanche, quand nous n’étions pas simplement en train de nous baigner et de profiter des sélectes installations du « Club de Montagne », c’est que nous étions partis à la découverte de quelque site remarquable : mer, forêt ou cordillère. Chaque fois que nous prenions un repas dans un restaurant, qu’il soit classique ou exotique, ou que nous assistions à un spectacle, folklorique ou international, c’était pour nous quatre une petite fête.

Sans contexte, cette période panaméenne a été faste aussi bien pour mon épouse Léa que pour nos deux fils, Jérôme et Edouard ou pour moi. Cependant, comment qualifier la relation entre Léa et moi, en ce temps-là ; à vrai dire, elle n’était pas tout à fait satisfaisante. A deux ou trois reprises, je m’étais laissé embarquer dans des aventurettes avec des jolies filles, il y avait beaucoup de tentations dans le milieu où évoluait notre compagnie et je n’avais pas toujours su y résister. Ma femme a supporté mes incartades, non sans difficulté et par la suite, j’ai fait l’impossible pour me faire pardonner.

Pour bien des raisons, ces années passées dans l’isthme, qui coïncidèrent avec l’euphorie politico-économique qui avait suivi la signature du traité Torrijos-Carter, celui qui programmait le retour du Canal à la République de Panama avant la fin du siècle, constituent pour moi la Référence, référence d’une vie pleine dans un cadre favorable, pratiquement idéal.

Il est probable que, si je garde un souvenir aussi flatteur de cette période, c’est que, d’une certaine manière, elle s’ajustait au plus près à ces rêves d’adolescent, pleins de soleil et de rivages tropicaux dans lesquels baigne une vie productive et gratifiante, dont n’est pas exclue la passion. Ces rêves, je les avais partagés à l’époque avec Janine, la confidente de mes songes les plus fous ; n’avions-nous pas inventé un pays idéal, situé au milieu de l’Océan, en zone équatoriale, que nous appelions les Iles Unies (en fait nous disions par snobisme : The United Islands), où vivait dans le confort le plus moderne un peuple hautement civilisé qui se voulait à l’avant- garde de l’humanité. Un élargissement de la rivière où nous jouions étant gosses au petit bateau m’inspira en réalité la carte de ces îles, celles-ci n’étant que la transposition des rochers qui affleuraient. Quelques-uns de mes copains étaient d’ailleurs au courant, au propre et au figuré, de cette interprétation. Mais, avec Janine, cela allait plus loin. Nous imaginions des histoires d’amour et de pouvoir qui s’y déroulaient et où nous jouions tour à tour les personnages les plus notoires de ce pays fictif : chefs d’état, milliardaires, vedettes du sport et du spectacle.

Janine était en général la femme, la maîtresse, l’amante, héroïne de drames qui n’étaient que l’écho de nos lectures ou de faits divers, mais parfois nous inversions les rôles pour permettre à mon amie de mieux exprimer ses talents de comédienne. Bien que ma sœur Françoise et Gérard, l’un de nos cousins, sans compter le plus fidèle de nos amis, Antoine, se soient de temps en temps mêlés à nos jeux, il y a des secrets que je n’ai partagés qu’avec Janine.

Parmi ceux-ci, il y avait deux personnages imaginaires qui soi-disant venaient hanter nos nuits : La Mistouflette, une accorte jeune femme, grande et svelte comme Janine, avec les mêmes longs cheveux châtains clairs et de semblables yeux noisette, qui cherchait par tous les moyens à m’empêcher de dormir et assurément y parvenait souvent. De l’autre côté, un homme plutôt jeune, très séduisant, capable de tout, s’aventurait supposément à troubler Janine dans l’intimité de sa chambre, Le Rat-Mon-Heur’. Ne m’a-t-elle pas avoué qu’elle révisait soigneusement sa penderie, avant de se coucher pour voir s’il n’y était pas caché !

Je dirai tout de suite que nos tentatives personnelles pour incarner respectivement Rat-Mon-Heur’ et Mistouflette se sont avérées infructueuses durant cette étape juvénile de notre existence qui précéda nos seize ans. Nos contacts les plus intimes n’ont alors pas dépassé le trouble de danser des slows étroitement enlacés, joue contre joue, et de timides baisers effleurant les lèvres. Nous étions passablement surveillés, il est vrai, mais peut-être nous ne souhaitions pas aller plus loin.

Par contre, j’avais dédié un temps appréciable à concocter une Histoire des Iles dont le point fort était sans conteste la récente Révolution Zédiste qui alliait un socialisme de bon aloi à une technocratie poussée. Toutefois la menace majeure que présentait ce réputé nouveau régime était le contrôle eugénique qu’il prétendait imposer. Le système utilisé comportait une évaluation rigoureuse de chaque citoyen et citoyenne en ce qui concerne l’ensemble de leurs qualités, ceci durant leurs études et jusqu’à leurs dix-huit ans environ, suivi par un appariement organisé en fonction de critères précis.

Le clou du système était la cérémonie de l’accouplement. Depuis l’âge de quatorze ans, filles et garçons étaient classés en catégories A, B, C, D ou E, en fonction de leurs performances dans les principaux types d’activités : culturelles, scientifiques, techniques, artistiques, sportives, sociales, ludiques, etc.., tous les résultats étant saisis et exploités par un grand Ordinateur Central. A partir de seize ans, l’âge que nous avions quand j’ai exposé cette idée à Janine, les jeunes gens de chaque unité d’enseignement (collège, atelier) sont groupés en sections qui ne sont autres que des subdivisions de leur catégorie de base, dans lesquelles ont pu être incorporés éventuellement quelques individus d’affinité remarquable. C’est à l’intérieur de ces sections que chaque jeune doit trouver son ou sa partenaire en vue de procréer le moment venu. Quelques dérogations sont permises mais elles restent exceptionnelles. A partir de l’âge de dix-huit ans, les couples formés sont en droit de se marier et d’avoir progéniture.

La cérémonie de mariage comporte un rituel bien particulier qui permet à l’autorité d’exercer le contrôle nécessaire et qui se déroule dans un édifice propriété de l’Administration, appelé « Maison de Verre » pour la transparence qu’il procure. Le jour de la célébration, la fiancée passe d’abord dans un vestiaire où elle doit se déshabiller complètement avant d’être introduite dans une chambre tout confort, sauf que le lit fait d’une matière à la fois résistante et douillette n’a pas de draps, - mais l’ambiance est tiède -, qu’il n’y a point d’endroit où se cacher et que l’ensemble est sous la surveillance d’un circuit de télévision interne ; de plus la porte est rigoureusement fermée à clef et ne s’ouvrira que pour laisser entrer le prétendant élu, lui aussi parfaitement nu, mais elle se scellera de nouveau jusqu’à ce que la copulation ait été consommée. Dès lors, les nouveaux époux seront libres de sortir quand ils le souhaitent, leurs vêtements leur seront rendus et ils prononceront les paroles qui légalisent leur union devant le fonctionnaire en poste et les indispensables témoins convoqués sur l’heure. Bien entendu leurs signatures sont aussi dûment enregistrées sur le Livre de l’Etat-Civil.

Il convient d’ajouter que normalement c’est le fiancé attendu qui demande à être reçu par sa bien-aimée ; celle-ci peut le voir sur l’écran de télévision de la chambre et donner son accord. Mais elle pourrait éventuellement le refuser et théoriquement rien ne l’empêche de choisir un autre prétendant, à la seule condition qu’elle et lui appartiennent à la même section.

Je nous revois, Janine et moi, assis au bord de la rivière, tandis que je lui faisais part de mes élucubrations ; c’était après dîner mais la chaleur était encore accablante. Ce soir-là, au lieu de son habituelle tenue d’été en short et débardeur, Janine portait une jolie robe à fleurs en jersey de coton. C’était peu de dire que la toilette lui allait à ravir ; pouvait-on déjà deviner la classe qu’elle montrerait plus tard sur les podiums … ?   Pour l’instant, nous regardions le courant venu des hauts espaces pyrénéens qui tourbillonnait le long des grosses pierres, témoins des jeux de notre enfance, tout en discutant de la « Maison de Verre ».

A ma surprise, Janine accueillit relativement bien mes folles idées. Il faut dire que nous venions de lire « Le Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley et nos esprits étaient ouverts à toute sorte d’excentricités. C’est elle, ma complice, ainsi que je l’appelais, qui me fit rajouter la clause de dérogation qui rendait possible l’éventualité du Grand Amour : selon celle-ci, il fut établi que dans certains cas, très limités, l’Administration pourrait autoriser l’union d’un garçon et d’une fille provenant de sections différentes si les postulants étaient en mesure de justifier l’attraction extrême qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre, en satisfaisant à des tests de compatibilité très exigeants.

A cette époque, quand d’aventure nous rêvions à l’avenir, nous nous voyions semblables à ces héros de nos lectures que nous aimions ou à ceux que nous avions inventés dans le cadre des « Iles », des êtres emplis de force, de valeur et de nobles sentiments, avec quelques défauts aussi bien sûr. Près de trente-cinq ans se sont écoulés depuis ! Combien de fois avons-nous été comparables à ces héros ?  

En ce qui me concerne, je reconnais que, dernièrement, j’ai dû pécher par inertie. J’ai, en général, dans ma vie suivi un mouvement, je dirai un moment, au sens mathématique du terme, sans imprimer tout à fait cette dimension personnelle que certainement j’aurais pu. Et maintenant, est-ce que réellement je me laissais aller, en profitant tout simplement de ma lancée ?  

J’étais connu comme co-créateur de quelques produits alimentaires de grande distribution au succès appréciable en même temps que spécialiste qualité et la firme de consultants que je dirigeais dans la ville de Mexico tournait bien ; en tout cas elle me rapportait suffisamment pour améliorer confortablement la pension que me verse l’entreprise KANDI depuis mon départ en retraite anticipée.

 

A ce point, la conversation que menait mes voisins réussit à m’arracher à la fois à mon mutisme et à mes réminiscences. Elle avait pris un tour politique ; la parole était à Elena Minardi qui œuvrait dans un centre régional d’aide à la famille. Celle-ci stigmatisait le fait que « Rincón Encantado » étalait ses délices à proximité de villages vraiment pauvres dont en fait une bonne part de la population était au service de nos opulentes maisons avec des salaires plutôt misérables :

« C’est désolant, » disait-elle, de constater ces différences et on a envie de parler d’exploitation ! 

— Leurs conditions de vie ainsi que leurs possibilités de s’améliorer sont en progrès constants, grâce aux écoles que nous avons édifiées, manifesta Luis González Arvizu, un ancien gouverneur de notre état,  et aux opportunités de bourse que nous offrons.

— Oui, mais beaucoup n’en profitent pas ; combien de gamins préfèrent poireauter dans les rues de San Martin (c’est la ville voisine), dans le but de laver à la va-vite quelques voitures, plutôt que d’aller en classe. Ce sont d’ailleurs souvent les parents, vu le besoin impérieux d’argent, qui les y poussent ; répondit Elena, sans compter le manque d’emplois décents. 

— L’éducation n’est certes pas efficace, pas suffisamment obligatoire et les maîtres sont fréquemment défaillants, opina Escalante, que penses-tu de tout cela Jean-Luc ?   » ajouta-t-il en se tournant vers moi.

Je ne sais pourquoi, cela me fit penser au petit Jean-Luc, adolescent, ami de Janine, qui voulait jouer dans la cour des grands. Faisais-je à l’époque un complexe d’infériorité ?   M’étais-je cru alors un être secondaire qui seulement par son travail, son application, un heureux déploiement de créativité ou le hasard de coups d’éclat pourrait sortir de l’ordinaire et égaler les sujets de premier plan ?  ... Et grâce au Ciel, en toute modestie, je pense y être parvenu …

A l’âge de seize ans, je me plaisais en effet à croire que, tout comme dans notre invention des « Iles », il y avait dans la vie réelle des garçons et des filles de catégorie A et même des Supers-A, un minime pourcentage, qui surclassaient les autres par l’ensemble de leurs qualités. Disons en gros que pour moi les « Supers-A » représenteraient le un pour mille de la population humaine qui obtiendrait les meilleures notations à une série pertinente d’épreuves variées. Femmes et hommes devraient s’y retrouver en quantités similaires. Les épreuves couvriraient la gamme la plus ample d’activités mais diverses options seraient ouvertes avec les équivalences nécessaires pour sélectionner aussi bien les sublimes artistes que de valeureux champions ou de notables chefs d’entreprise.

Sans hésiter, j’aurais considéré Janine comme un exemplaire féminin de Super-A, pas forcément la femme idéale, mais belle, accomplie et nettement au-dessus du commun. Je connaissais aussi de brillants jeunes gens à qui j’aurais accédé à attribuer la catégorie Super-A, en raison de leurs performances éblouissantes dans tel ou tel domaine ! L’idée m’était d’ailleurs venue qu’on aurait pu former un club de rayon mondial avec tous ces élus : Le Club Super-A. Bien que riche de potentialités, je ne me sentais pas digne à ce moment-là d’en faire partie, peut-être parce que je ne pensais pas avoir la prestance physique que j’estimais nécessaire, mais j’espérais qu’un jour, au prix de beaucoup d’efforts et d’un peu de chance…, j’y arriverais.

Revenons au Mexique d’aujourd’hui, il est évident, en suivant ma théorie que, comme tout autre pays, il possède sa ration de Super-A, au moins en puissance. Et ceux-ci ne sont pas l’apanage des classes privilégiées, bien que ces dernières aient certainement un avantage en la matière. Ce dont les personnes et les localités les moins favorisées ont besoin, ce sont des opportunités…C’est ce que je m’entendis dire sans détours :

« Je ne vous surprendrai pas si j’opine qu’il faut procurer à notre jeunesse, d’où qu’elle vienne, une bonne formation et les meilleures occasions de la mettre en pratique. Je crois qu’il y a beaucoup à faire à ce sujet mais j’ai confiance. L’économie est en train de se redresser. Il existe, semble-t-il, une volonté des gouvernants d’améliorer le sort des plus déshérités. Il est difficile que les différences sociales se nivellent mais ce pays est en bonne voie de se rapprocher du groupe des nations les mieux nanties et tout le monde devrait en profiter. Je vis avec cet espoir et si je peux faire quelque chose pour y contribuer, je le ferai ! »

Tandis que mes propos recueillaient une approbation polie, teintée de quelque scepticisme, une bourrasque d’air frais nous enveloppa soudain, incitant de nombreux invités à abandonner les allées où la nuit commençait à s’installer pour rejoindre la terrasse ou des zones plus abritées tels que les vastes salons de réception.

Grâce à ce mouvement de foule, je me retrouvai brusquement face-à-face avec Janine, mes yeux rencontrant l’impact de ce regard limpide et pénétrant qui jadis m’avait souvent désarçonné.

« Holà, Jean-Luc ! me salua-t-elle à la manière mexicaine, pourquoi cet air préoccupé ?   

— J’étais impatient de te parler, ma chère Janine ; resteras-tu avec nous ce week-end ?   lui demandai-je.

— Bien sûr, Léa m’a déjà invitée ! Mais demain seulement, car dimanche, il faut à tout prix que je sois à Mexico pour voir Angélique ! 

— Dis-moi, es-tu à ce point indispensable à ta fille ou bien est-ce toi qui ne peut te passer d’elle ?   »

Janine feignit une moue légèrement boudeuse avant de me répondre. Une fois de plus j’admirai l’ovale parfait qu’avait conservé son visage ainsi que la fraîcheur de son teint, rehaussé certes par un savant et discret maquillage.

« Ne fais pas de l’esprit, mon cher, j’ai mon travail, mes amis, mais tu sais bien qu’Angélique est le plus important pour moi ! »