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Remerciements

Le présent ouvrage porte publication du colloque interuniversitaire en trois actes sur « Les enjeux du Brexit », ayant réuni les équipes du Laboratoire de Recherche Juridique de l’Université du Littoral, du Centre de recherche Droits et Perspectives du droit de l’Université Lille 2 et du Laboratoire IDP de l’Université de Valenciennes, qui s’est tenu les 17 février, 10 et 24 mars 2017 successivement à Boulogne-sur-Mer, Lille et Valenciennes.

Cette manifestation n’aurait pu voir le jour sans le soutien de ces trois Universités. Que leurs Présidents ainsi que les Directeurs des Centre et Laboratoires de recherche concernés trouvent, avec ces quelques mots, nos plus vifs remerciements pour leur soutien scientifique et financier.

L’occasion nous est également donnée de remercier chaleureusement l’ensemble des collègues, intervenants, personnels administratifs et amis qui nous ont aidés à conduire ces travaux et à mener à bien cette solide collaboration interuniversitaire entre trois universités des Hauts-de-France, au service de la recherche scientifique en droit de l’Union européenne, que nous souhaitons faire perdurer à l’avenir.

Charles Bahurel, Elsa Bernard & Marion Ho-Dac

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Avant-propos

Charles Bahurel

Professeur à l’Université du Littoral (LARJ EA 3603)

Elsa Bernard

Professeur à l’Université Lille 2 (EA 4487, CRDP/ERDP)

Marion Ho-Dac

Maître de conférences à l’Université de Valenciennes (IDP EA 1384)

Pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne, le peuple d’un État membre – le Royaume-Uni – a choisi de se retirer de l’Union. Ce saut dans l’inconnu soulève de multiples questions auxquelles cet ouvrage propose de répondre. Mais le thème est difficile, le projet ambitieux : il ne fallait pas moins qu’une collaboration régionale, interuniversitaire, pour l’embrasser.

I. Le phénomène Brexit

Le parti a été pris de proposer une analyse du Brexit, comme phénomène, c’est-à-dire en tant que « fait que l’on observe, en particulier dans son déroulement mais aussi comme manifestation de quelque chose d’autre »1.

Étudier, d’une part, le Brexit dans son déroulement est, sans conteste, la difficulté majeure de l’exercice scientifique que nous avons confié aux intervenants – académiques, acteurs et experts des affaires européennes – et une raison supplémentaire, pour nous, de les remercier chaleureusement d’avoir accepté de s’essayer à l’exercice : réaliser une analyse en mouvement. Le Brexit n’est pas de l’ordre de l’instantané : il a des causes à rechercher, pour partie, dans le passé ; sa matérialisation politique et juridique est plurielle (le référendum du 23 juin 2016, la notification du retrait le 29 mars dernier, l’accord à venir sur les relations futures…) ; il a et aura des effets connexes qui vont s’étaler dans le temps (la baisse de la livre, le désir d’indépendance renouvelé de l’Écosse, le retour comme le départ possible d’individus et d’opérateurs économiques commandés par le retrait du Royaume-Uni de l’Union, le cas irlandais…).

Voir et analyser, d’autre part, le Brexit, comme manifestation de quelque chose d’autre est nécessaire : le Brexit exprime en effet, sans aucun doute, les difficultés identitaires qui affectent la construction européenne depuis plus de dix ans – si l’on prend comme date-repère l’échec du projet de constitutionnalisation de l’Union européenne en 2005, date du référendum en France sur le projet de Constitution pour l’Europe. En ce sens, un auteur a fait état du « manque de lisibilité » dont souffre l’Europe, le qualifiant de « crise conceptuelle »2. Le Brexit pointe certainement du doigt cette crise conceptuelle, alors que, dans le même temps, le 25 mars dernier, ont été célébrés à Rome (et partout en Europe) les 60 ans de la signature du traité de Rome, traité instaurant la Communauté économique européenne.

II. Les axes d’analyse du Brexit

Le Brexit est un phénomène multiforme qui impose, pour son étude, une approche pluridisciplinaire et suivant des perspectives variées. À cette fin, le lecteur se voit proposer dans le présent ouvrage une analyse politique et institutionnelle du Brexit (Partie 1), complétée par une étude approfondie de ses enjeux matériels, citoyens et économiques d’un côté (Partie 2), migratoires et pénaux de l’autre (Partie 3), donnant la parole à des universitaires européens, à des praticiens du droit de l’Union européenne (magistrats, avocats, consultants) ou encore à des experts des affaires européennes.

1. Les enjeux politiques et institutionnels du Brexit

Le retrait d’un État membre de l’Union européenne est une nouveauté. Si une telle option est prévue, depuis le traité de Lisbonne, par l’article 50 du traité sur l’Union européenne (TUE), cette disposition, qui connaît son heure de gloire depuis le référendum britannique de juin 2016, avait été adoptée à titre avant tout symbolique et politique, pour conforter les velléités souverainistes de certains États membres mais sans que sa mise en œuvre, un jour, soit réellement envisagée. Il n’est pas anodin, compte tenu de ses relations compliquées avec l’Union européenne, que le Royaume-Uni soit le premier État de l’Union à invoquer le droit de retrait et suscite, par la même occasion, de nombreuses questions sur les modalités de mise en œuvre de l’article 50 TUE, au regard du droit de l’Union comme du droit britannique. Plus largement, la multiplication des Livres blancs, auditions parlementaires, notes, missions d’information et autres rapports en tous genres rédigés ou commandés par diverses institutions de l’Union, du Royaume-Uni ou des autres États membres, témoignent de la diversité et de la complexité des problèmes juridiques, institutionnels et politiques soulevés par cet événement sans précédent dans l’histoire de la construction européenne.

Les spécialistes qui se sont exprimés lors du colloque n’ont pas occulté les interrogations qui subsistent quant aux conditions d’exercice et aux conséquences de ce retrait annoncé. Ils ont, au contraire, exposé et analysé les difficultés politiques et institutionnelles auxquelles sont confrontées différentes entités qui se préparent au Brexit.

L’Union européenne d’abord, dont les traités ne proposent, pour cadre juridique de sortie d’un État membre, qu’un article 50 TUE particulièrement laconique, et qui doit se préparer à négocier âprement deux accords distincts avec le Royaume-Uni : l’accord de retrait, puis celui sur les relations futures avec ce nouvel État tiers.

Le Royaume-Uni ensuite, dont l’article 50 TUE prévoit qu’il peut décider du retrait « conformément à ses règles constitutionnelles », ce qui n’est pas allé sans soulever des questions juridiques auxquelles les plus hautes juridictions britanniques ont eu à répondre.

Les Hauts-de-France enfin, région à laquelle les trois universités organisatrices de ce colloque appartiennent et qui, compte tenu de sa localisation et de ses liens particuliers avec son voisin britannique est particulièrement concernée par la préparation de ce retrait.

Ces préparatifs et leurs difficultés exposés, il est apparu nécessaire d’aborder la question des enjeux politiques et institutionnels du Brexit sous un angle prospectif, en s’interrogeant, dans un premier temps, sur l’avenir de l’Union à 27 et sur les moyens, pour les États restants, de surmonter la perte d’un de leurs membres. Comme le retrait britannique aura des répercussions dans de multiples domaines et pour tous les États qui restent dans l’Union, il nous est apparu intéressant d’en présenter une application pratique dans une matière, la défense européenne, et de mettre en évidence la situation particulière d’un État parmi les 27 restants : l’Irlande, dont on sait qu’elle est, plus que ses homologues, exposée aux conséquences d’un tel retrait britannique.

Les différents modèles de coopération entre l’Union et le Royaume-Uni ont été envisagés dans un second temps. Jusqu’à la fin des négociations et la conclusion de l’accord de retrait, des doutes existeront sur la nature de la relation à venir entre l’Union et le futur nouvel État tiers. Comme en témoignent les contributions présentées dans cette première partie de l’ouvrage, toutes les options restent ouvertes quant à la forme que pourra prendre, sur les plans institutionnel et politique, cette relation inédite, sachant que, d’une part, le Royaume-Uni ne sera jamais un État tiers comme les autres, et que, d’autre part, l’Union n’a aucun intérêt à lui accorder un statut trop favorable, susceptible de laisser paraître que la position d’État tiers à l’Union est plus enviable que celle d’État membre.

2. Les enjeux citoyens et économiques du Brexit

Le versant « citoyenneté » de l’analyse du Brexit est probablement l’élément déclencheur de ce phénomène inédit de la construction européenne. Les Britanniques, citoyens européens parmi d’autres, ont voté majoritairement pour le retrait de leur État de l’Union. C’est ici, pour partie au moins, l’Europe « du bas » qui a été à l’œuvre : « Le Labour […] a ainsi laissé les ouvriers anglais voter contre les immigrants polonais et hongrois »3 ; c’est la peur d’un ennemi commun qui a fédéré une partie au moins des partisans du Leave et qui a résonné au-delà du Royaume-Uni, dans les campagnes électorales, aux Pays-Bas, au tout début du printemps 2017, et, un peu plus tard, en France.

Sauf qu’il y a erreur, ou du moins une certaine confusion, dans l’identification de cet ennemi commun : l’immigrant polonais ou hongrois est un autre Européen, un alter ego des Britanniques, en ce qu’il jouit, comme ces derniers (en droit positif), du principe de liberté de circulation dans l’espace européen, en tant que travailleur ou citoyen européen notamment. Il n’en va pas de même juridiquement, on le sait, des ressortissants d’États tiers à l’Union lorsqu’ils entrent dans l’espace européen.

Les enjeux citoyens du Brexit, c’est ensuite la question du vide laissé par le départ des Britanniques. Est visé ici, d’abord, le vide juridique pour les justiciables britanniques ou les justiciables impliqués dans un contentieux britannico-européen. En effet, le gouvernement de Theresa May a annoncé une grande loi d’abrogation, Great Repeal Bill, mettant fin au European Communities Act de 1972 (the ECA) et censée transposer l’acquis européen dans l’ordre juridique britannique, mais il est évident que tout ne pourra pas l’être pour des raisons techniques ou politiques. Et l’on pense ici, par exemple, au système de coopération entre les juges nationaux et la Cour de justice de l’Union européenne (à travers la procédure du renvoi préjudiciel).

Mais il est également question d’un vide humain, puisque l’Union sera privée de quelque 64 millions d’habitants avec le départ du Royaume-Uni, situation qui impose d’en tirer les leçons : c’est une invitation à repenser l’Europe. Il faut alors donner la parole aux jeunes qui sont les bâtisseurs de demain.

L’ossature « marchande » de la construction européenne impose naturellement de s’intéresser, ensuite, aux enjeux économiques du Brexit. C’est alors l’Europe « du haut » qui a échoué : celle des « élites économiques auxquelles les social-démocraties européennes, Royaume-Uni en tête, se sont ralliées »4 ; sont visés ici les acteurs tant publics que privés de l’intégration économique européenne. De quelles défaillances s’agit-il ? Ce sont bien sûr les stigmates de la crise (bancaire et financière) de 2008 qui sont toujours présents…

L’économique est aussi, en réaction, la force du Royaume-Uni, la voie par laquelle il entend réussir son retrait et ce retour au national. La balance commerciale britannique est déficitaire dans ses relations avec les autres États membres de l’Union, alors qu’elle est positive dans ses échanges commerciaux avec le reste du Monde5. C’est naturellement une donnée encourageante pour la redéfinition de ses relations commerciales extérieures. De même, côté Union européenne, la zone euro a un solde de 130 milliards d’euros dans ses relations avec le Royaume-Uni : elle a donc intérêt à ménager, elle aussi, ses rapports commerciaux avec le futur État tiers.

C’est également le cas au niveau local : l’exemple de la Région Hauts-de-France est édifiant en cela ; le Royaume-Uni est le 4e partenaire économique de la région. Nous avons pu échanger avec plusieurs entrepreneurs implantés dans les Hauts-de-France : l’un d’eux a dû fermer, en début d’année 2017, sa filiale anglaise (dans le secteur du textile) tout simplement à cause de la baisse de la livre. Dans le même temps, des scénarios plus optimistes se dessinent : la Région, comme futur point d’entrée dans l’Union pour les opérateurs britanniques ? Ou encore (et symétriquement), le Royaume-Uni, future terre d’accueil pour investir à des conditions que l’on peut espérer très compétitives (par exemple, en termes de fiscalité ou de conditions de travail) ?

Autant de questionnements auxquels il est indispensable d’essayer de répondre dès à présent.

3. Les enjeux migratoires et pénaux du Brexit

La décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne doit enfin être étudiée sous un autre aspect, peut-être moins mis en avant que les autres mais pourtant tout aussi crucial pour comprendre le phénomène du Brexit. Il s’agit des enjeux migratoires et pénaux qui se sont introduits dans les débats de manière doublement paradoxale.

Le premier paradoxe tient au fait que le désir de contrôler l’immigration a été un élément essentiel pour les électeurs britanniques, alors même que ces problèmes migratoires n’étaient pas directement imputables à l’Union européenne. En effet, il ne faut pas oublier que les raisons économiques et politiques n’ont sans doute pas été les plus fortes pour de nombreux électeurs britanniques. Il apparaît en effet que c’est la critique de la politique migratoire de l’Union européenne qui a été l’argument le plus efficace pour obtenir ce résultat. Il y a bien sûr l’immigration européenne, en provenance principalement d’Europe de l’Est, qui a été mal vécue par de nombreux citoyens britanniques et qui, elle, relève effectivement de l’appartenance à l’Union. Mais le vote pour le Brexit a été visiblement influencé aussi par l’afflux impressionnant de millions de réfugiés, venus d’Afrique et du Moyen-Orient sur le continent européen, qui, pour un certain nombre d’entre eux, convergent vers le Nord de la France dans l’espoir de rejoindre l’Angleterre vue comme un Eldorado. À cette situation exceptionnelle, il faut ajouter l’inquiétude soulevée par la multiplication des attentats terroristes dans les pays européens. Les partisans du Brexit ont su tirer parti de cette situation, en dénonçant l’impuissance de l’Union à traiter ces difficultés et à conjurer ces menaces, en entretenant souvent la confusion entre l’immigrant européen et l’immigrant non européen. Pourtant, ce procès est largement infondé car le Royaume-Uni n’est pas soumis à Schengen et la gestion de l’immigration non européenne n’est pas de la compétence de l’Union européenne. Il n’en demeure pas moins que de nombreux Britanniques ont associé ces problèmes à l’Union, pensant par là reprendre en main leur destin national. Mais la question est de savoir si le Brexit peut vraiment donner plus de sécurité au peuple britannique, ce qui est loin d’être certain et ce qui nous conduit au second paradoxe.

Le second paradoxe réside dans les conséquences du Brexit sur la coopération pénale européenne. Au lieu de protéger davantage les Britanniques, il se pourrait que le Brexit affaiblisse la lutte contre le terrorisme et l’efficacité des politiques de sécurité. En effet, les Britanniques étaient leaders dans la coopération européenne en matière pénale. La qualité du travail des magistrats et des policiers britanniques dans les institutions européennes était remarquée, comme, par exemple, à Europol et à Eurojust. La sortie des Britanniques de l’Union européenne remet donc en cause toute cette entraide ou du moins la teinte d’incertitude, ce qui peut nuire aussi bien à la sécurité des Européens qu’à celle des Britanniques, dans un monde si troublé. De plus, le Brexit pourrait aussi perturber, par voie de conséquence, toute la coopération franco-britannique, qui dérogeait aux accords de Schengen, pour la gestion des réfugiés sur la frontière française dans le Calaisis. C’est en particulier la question de l’avenir des accords du Touquet qui est posée : même si ces accords sont strictement franco-anglais et ne concernent pas le droit de l’Union, le Brexit pourrait avoir une incidence sur leur destin. D’une part, le Brexit risque à tout le moins de fragiliser l’entente franco-britannique, l’État français pouvant être moins enclin à coopérer avec un État qui n’est plus un partenaire européen. D’autre part, surtout, ce sont les autres États membres de l’Union qui vont de moins en moins tolérer les entorses faites par ces accords à l’acquis Schengen. Les perspectives sont donc incertaines et plusieurs possibilités existent pour traiter ce problème délicat.

Tout l’enjeu, là encore paradoxal, consiste alors à maintenir ou à recréer des rapports d’entraide et de coopération équivalents à ceux existants dans le cadre de l’Union européenne pour répondre aux exigences de sécurité des citoyens britanniques comme des autres citoyens européens. Car la crise migratoire n’est pas terminée et les réfugiés mineurs non accompagnés, qui espèrent bénéficier de certains avantages accordés par le droit anglais en matière d’asile, continuent d’affluer dans les Hauts-de-France.

Le Brexit est indéniablement a work in progress, un chantier auquel cet ouvrage vise à apporter sa pierre. Loin de chercher l’exhaustivité, il propose ainsi une analyse des grands mouvements du processus de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, sous l’angle politique, institutionnel et matériel. Excellente lecture !

1. Larousse classique, Paris, éd. 1979.

2. J.-Cl. Gautron, « Regard explicatif sur les crises de l’UE et comment s’en sortir », Entretien blogdroiteuropéen, 21 mars 2017 : https://blogdroiteuropeen.com/2017/03/21/regard-explicatif-sur-les-crises-de-lue-et-comment-sen-sortir-par-jc-gautron/.

3. A. Touraine, Le nouveau siècle politique, Paris, Éd. Seuil, 2016, p. 59.

4. Ibid., p. 61.

5. C. Mathieu et H. Sterdyniak, « Brexit : le prix à payer », in L’économie européenne 2017 (OFCE), Paris, Éd. La Découverte, 2017, pp. 57 et s. et spéc. p. 60.

Liste des auteurs

Elsa BERNARD, Professeure à l’Université Lille 2, EA 4487, CRDP/ERDP

Béatrice BRUGUES-REIX, Avocate au Barreau de Paris, Membre du Conseil de l’ordre et Responsable de la Commission Brexit du Barreau

Simona CATANA, Doctorante à l’Université Lille 2, EA 4487, CRDP/ERDP

Olivier CAHN, MCF-HDR, Faculté de Droit de Cergy-Pontoise, Chercheur au CESDIP-CNRS (UMR 8183)

Xavier CHARLET, Vice-président du TGI de Boulogne-sur-Mer, en charge des fonctions de juge des enfants

Thierry CHOPIN, Directeur des études de la Fondation Robert Schuman, Professeur associé à l’Université catholique de Lille (ESPOL), Visiting Professor au Collège d’Europe (Bruges) et Visiting Fellow à la London School of Economics (LSE, European Institute)

Romélien COLAVITTI, Maître de conférences à l’Université de Valenciennes , IDP EA 1384

Gilles CUNIBERTI, Professeur à l’Université du Luxembourg

Aurélie DUFFY-MEUNIER, Maître de conférences à l’Université Paris II – Panthéon Assas, HDR

André DUMOULIN, Attaché de recherche à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD, Bruxelles), chargé de cours à l’Université de Liège

Thomas GUILLOBEZ, Chargé de la coopération internationale, Université Jean Monnet – Saint-Étienne

Emmanuel GUINCHARD, Senior Lecturer in Law, Northumbria University

Christophe HILLION, Professeur aux Universités de Leiden et de Göteborg, chercheur à l’Institut Suédois pour l’Étude des Politiques Européennes (SIEPS) et à l’Institut Norvégien des Affaires Internationales (NUPI)

Servane JOUGLET, Étudiante en Master 2 Droit de l’Union européenne à l’Université de Lille 2 et Lauréate du Concours Génération Europe

Stéphane DE LA ROSA, Professeur de droit public à l’Université de Valenciennes, IDP EA 1384

Agnès LOUIS, Maître de conférences à l’Université du Littoral

Claire MARZO, Maître de conférences à l’Université Paris Est

Eadaoin NI CHAOIMH, Doctorante à l’Université Saint-Louis, Bruxelles

Paul NIHOUL, Juge au Tribunal de l’Union européenne, Professeur invité à l’Université catholique de Louvain

Peter OLIVER, Barrister at the English Bar, avocat au Barreau de Bruxelles et Professeur invité à l’Université Libre de Bruxelles

Philippe-Emmanuel PARTSCH, Associé en charge du département droit bancaire et financier européen et droit de la concurrence de l’étude Arendt & Medernach à Luxembourg et Professeur de droit bancaire et financier européen à l’Université de Liège

Cécile RAPOPORT, Professeure à l’Université de Rennes 1, Institut de l’Ouest : Droit et Europe (IODE UMR-CNRS 6262)

Jean-Gilles RAYMOND, Juge de l’immigration, Immigration & Asylum Chamber, London

Jean SAGOT-DUVAUROUX, Maître de conférences à l’Université de Bordeaux

Federico SANTOPINTO, Chercheur au GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité)

Jean-Luc SAURON, Conseiller d’État, Délégué au droit européen, Professeur associé à l’Université Paris Dauphine

Joe ZEAITER, Collaborateur au sein du département droit bancaire et financier européen et droit de la concurrence de l’étude Arendt & Medernach à Luxembourg

Liste des abréviations

AJDA

Actualité juridique de droit administratif

Ass. plén.

Assemblée plénière

BCE

Banque centrale européenne

coll.

collection

Cons. const.

Conseil constitutionnel

CEE

Communauté économique européenne

CEDECE

Commission pour l’étude des Communautés européennes

CEDH

Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales

CDE

Cahiers de droit européen

CE

Conseil d’État

CGCT

Code général des collectivités territoriales

CJCE

Cour de justice des Communautés européennes

CJUE

Cour de justice de l’Union européenne

COM

Recueil des décisions de la Commission européenne

COREPER

Comité des représentants permanents (Union européenne)

D.

Dalloz

dir.

dir.

EEE

Espace économique européen

EUCO

Recueil des décisions du Conseil européen

EWHC

High Court of England and Wales

FEDER

Fonds européen de développement économique et régional

Gaz. Pal.

Gazette du Palais

GECT

Groupement européen de coopération territoriale

JOCE

Journal officiel des Communautés européennes

JOUE

Journal officiel de l’Union européenne

JORF

Journal officiel de la République française

OFCE

Observatoire français des conjonctures économiques

op. cit.

opus citatum

PESC

Politique étrangère et de sécurité commune

PESD

Politique européenne de sécurité et de défense

PSDC

Politique de sécurité et de défense commune

pt

point

PUF

Presses Universitaires de France

RCS

Recueil des arrêts de la Cour suprême du Canada

RTDEur.

Revue trimestrielle de droit européen

s.

suivant

spéc.

spécialement

TFUE

Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

TUE

Traité sur l’Union européenne

Trib. UE

Tribunal de l’Union européenne

UKSC

Recueil des arrêts de la Cour suprême du Royaume-Uni

vol.

volume

voy.

voyez

Sommaire

Remerciements

Avant-propos

Liste des auteurs

Liste des abréviations

Introduction

Concours « Génération Europe » : quelle Union européenne à l’heure du Brexit ?

Génération « Europe », par Paul Nihoul

Quelle Union européenne à l’heure du Brexit ?, par Servane Jouglet

Partie I
Les enjeux politiques et institutionnels

Chapitre 1
La préparation du Brexit

La préparation européenne du Brexit : le cadre des négociations, par Elsa Bernard et Christophe Hillion

La préparation britannique : l’engagement du retrait, par Aurélie Duffy-Meunier

La préparation régionale du Brexit : le cas des Hauts-de-France par Romélien Colavitti

La redéfinition des relations entre l’Union européenne
et le Royaume-Uni : les modèles de coopération envisageables,
par Cécile Rapoport

Observations sur « La redéfinition des relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni : les modèles de coopération envisageables », par Jean-Gilles Raymond

Section 2
Les relations entre les états membres restants

Quelle Union européenne sans le Royaume-Uni ?,
par Thierry Chopin

Réponse à l’intervention de M. Thierry Chopin,
par Jean-Luc Sauron

Brexit et défense européenne, par André Dumoulin

La défense européenne avant et après le Brexit,
par Federico Santopinto

Brexit: the special case of Ireland, by Eadaoin Ni Chaoimh

Brexit – A success? The Irish obstacle, by Simona Catana

Partie II
Les enjeux citoyens et économiques

Chapitre 1
Les espaces juridiques en question

Section 1
L’impact du Brexit sur l’espace judiciaire européen

Brexit et contentieux international des affaires,
par Gilles Cuniberti

Le brexit et le contentieux international des affaires :
entre Terre et Ciel ? Brèves observations,
par Emmanuel Guinchard

Brexit et contentieux international de la famille,
par Jean Sagot-Duvauroux

Section 2
L’impact du Brexit sur le Marché intérieur

Brexit: trade in goods and services, by Peter Oliver

Le Brexit et la libre circulation des patients
par Stéphane de La Rosa

Chapitre 2
Les acteurs concernés par le Brexit

Section 1
Les citoyens européens face au Brexit

L’impact du Brexit sur la citoyenneté européenne,
par Claire Marzo

Les étudiants face au Brexit, par Thomas Guillobez

Section 2
Les opérateurs économiques face au Brexit

Opérateurs bancaires et financiers face au Brexit, par Philippe-Emmanuel Partsch et Joe Zeaiter

Les avocats face au Brexit, par Béatrice Brugues-Reix

Partie III
Les enjeux pénaux et migratoires

L’immigration, un enjeu déterminant du Brexit ?, par Agnès Louis

Quelle participation du Royaume-Uni à la coopération européenne en matière pénale après le Brexit ?, par Olivier Cahn

Quel avenir pour les accords du Touquet ?,
par Jean-Gilles Raymond

Table des matières

Introduction

Concours « Génération Europe » : quelle Union européenne à l’heure du Brexit ?

Pour appréhender le phénomène du Brexit dans toutes ses dimensions, les organisateurs du colloque ont tenu aussi à recueillir l’avis de la jeunesse européenne sur l’état et l’avenir de l’Union dans ce contexte si particulier.

Cette initiative a pris la forme d’un appel à contributions auprès des étudiants de Licence 3 et de Master de la Région Hauts-de-France, qui ont été invités à répondre à la question : « Quelle Union européenne à l’heure du Brexit ? »

La lauréate de ce concours, baptisé « Génération Europe » en référence à un article de Paul Nihoul, est Servane Jouglet, étudiante en Master 2 Droit de l’Union européenne à l’Université Lille 2.

Nous publions le texte de la contribution qu’elle a présentée, à l’Université de Valenciennes, le 24 mars 2017.

Génération « Europe »

Paul Nihoul

Juge au Tribunal de l’Union européenne, Professeur invité à l’Université de Louvain

Le choc du Brexit constitue un moment charnière pour la construction européenne. Comme l’a souligné le négociateur pour le Parlement européen, l’Europe se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins1. Les options sont nombreuses – et un sentiment domine, celui d’être arrivé au terme d’un chapitre et d’ouvrir une page nouvelle.

Le Brexit est un signal sur la nécessité d’une nouvelle réflexion, encore à mener, à propos du sens qu’a l’Union européenne, pour tous, et peut-être, en premier lieu, pour la génération qui vient.

Pères fondateurs

Les pères fondateurs avaient pour objectif de créer des ponts entre les peuples. Il ne s’agissait plus de pacifier l’Europe en garantissant un équilibre des puissances comme on avait pu le faire dans le passé – avec notamment le traité de Vienne suivant la bataille de Waterloo. L’objectif était plutôt de créer une nouvelle forme de relations entre États : une relation fondée sur la construction d’un avenir commun.

Après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, l’unité était considérée comme une nécessité pour le maintien de la paix. Pour y parvenir, les fondateurs ont eu une intuition. L’Europe ne devrait pas se faire « d’un coup, ni dans une construction d’ensemble ». Si elle advenait, ce serait « par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait »2.

C’est ainsi, avec une méthode prudente mais porteuse d’avenir, que l’Europe s’est faite. Pas à pas, au gré des compétences mises en commun par les États membres.

Pistes suivantes

La génération suivante a ouvert trois pistes distinctes. Elle a développé l’intuition qui était à la base de la construction européenne et a œuvré à l’avènement du marché intérieur. Au-delà de l’intuition fondatrice, elle a ouvert le dossier institutionnel qu’avaient évité de toucher les pères fondateurs. Simultanément, elle a élargi son espace jusqu’à doubler, presque, en une dizaine d’années, le nombre d’États membres.

Ces initiatives prises dans le cadre de ces pistes ont connu des sorts variés. Dans la jurisprudence sur le marché intérieur, une étape clé sur cette piste a été l’adoption des arrêts Dassonville et Cassis de Dijon. Avec ces arrêts, l’Europe s’est dotée d’instruments de réciprocité. On accepterait désormais les règles des autres membres du projet comme étant nos propres règles. Une autre étape, rendue possible par les États membres, a été l’adoption de l’Acte unique. Par ce dernier, le travail législatif, qui était nécessaire pour assurer la réalisation du marché intérieur, a pu être facilité. Une troisième a été la mise en place d’une Union économique et monétaire. Avec cette Union, souvent décriée aujourd’hui, on acceptait que l’ouverture des frontières implique une forme de coordination assez poussée entre les politiques pouvant affecter la vie des entreprises – notamment sur les plans monétaire et économique.

La piste institutionnelle a conduit à l’élaboration d’un projet de traité constitutionnel. Après l’adoption de la monnaie unique, l’Europe s’est heurtée, là, aux sensibilités populaires – activement réveillées par quelques personnalités habiles. Le projet a été refusé dans deux États membres, à savoir les Pays-Bas et la France. Il a dû être abandonné.

Pour l’élargissement, de nouvelles règles institutionnelles ont été pensées. Mais les règles matérielles n’ont pas été modifiées. Le résultat a engendré une forme de frustration que l’on sent palpable dans les élections. L’application, à une économie fondée sur les services, de règles pensées pour des marchandises a conduit à l’application des normes en vigueur dans le pays d’origine aux travailleurs détachés dans d’autres États membres. Sur un continent où les disparités sociales sont énormes, l’application de ces normes a provoqué le transfert d’infrastructures de production vers les pays où, en Europe, les coûts sont moins élevés.

Colère des peuples

Si l’on en juge par la défiance dont font preuve aujourd’hui les citoyens à l’égard de l’Europe, ces trois pistes n’ont pas eu dans la population les résultats escomptés. Ce que l’on peut dire, et ce que l’on doit constater, en tout cas aujourd’hui, c’est que les peuples sont en colère. Très en colère. Dans certains États membres particulièrement. Jusqu’à mettre en cause l’appartenance à l’Union. Et l’existence même de cette dernière.

Cela doit nous amener à réfléchir, et à tirer les leçons du passé. Une première leçon, c’est que la méthode sur laquelle se sont appuyés les pères fondateurs avait décidément du bon. Ils ont évité les discussions institutionnelles qui touchaient à des éléments que les peuples n’acceptent pas d’abandonner. Une seconde leçon est que, en cas de changement dans le contexte, les règles doivent être revues. Pas seulement les règles sur les prises de décision. Mais aussi celles qui concernent la vie des gens et celles des entreprises.

Désir d’Europe

Voilà où nous en sommes à présent. Sans vouloir me prononcer sur les choix particuliers qui seront faits, il me semble que l’approche nouvelle devra être faite de dialogue.

Il faut parler aux gens. Il faut les écouter. Il faut entendre leurs préoccupations. Il faut dessiner une Europe qui leur soit proche.

Loin de menacer, le dialogue peut être vu comme le reflet d’un succès : comme la réussite d’une construction institutionnelle. Lorsqu’elle dialogue avec ses citoyens, l’Europe montre la solidité de ses institutions. Nous sommes assez forts, indique-t-elle. Nos institutions peuvent résister aux tensions, désaccords, débats qui surviennent inévitablement dans une société démocratique.

Cette « méthode démocratique » et « socratique », nous devons la faire nôtre, particulièrement à l’égard de la nouvelle génération. Les fondateurs ont fait la paix. Les suivants ont lancé des pistes. Les nouveaux doivent refonder le processus – et le faire avec la jeune génération, en interrogeant celle-ci sur ses désirs.

Enseignant le droit européen à l’UCLouvain, j’ai été frappé par l’enthousiasme des étudiants. Cet enthousiasme, je ne peux pas dire qu’il était là immédiatement. Au premier cours, les étudiants arrivaient avec les idées qu’ils avaient entendues – des idées très critiques pour la plupart. Mais le ton changeait à mesure que passaient les séances. Lorsqu’ils comprenaient la difficulté qu’il y a à vivre ensemble. Lorsqu’ils saisissaient le travail gigantesque que suppose la mise en commun progressive d’histoires distinctes et souvent opposées. Lorsqu’ils percevaient, grâce à Erasmus, le bonheur qu’il y a à rencontrer d’autres cultures. Lorsque, leur diplôme en poche, ils imaginaient la liberté que leur donne l’Europe pour trouver un travail, fonder une famille.

Il faut penser l’Europe en fonction de son avenir. Et cette Europe n’aura pas d’avenir s’il n’y a pas, pour elle, une forme de désir. Que veulent les jeunes aujourd’hui ? C’est la question qui doit nous occuper. Pour la plupart, nous sommes impliqués dans des activités qui touchent au droit européen ou à la politique européenne. Le défi qui nous est lancé est celui-là : chaque jour, aurons-nous le courage d’interroger nos activités. Ce que nous faisons, en ce qui concerne l’Europe, a-t-il du sens pour nos jeunes3 ?

1. Guy Verhofstadt a, dans une interview, déclaré à propos du Brexit qu’il s’agit maintenant de voir « What are the existential reforms needed by the European Union to fix that fundamental problem of the political institutional deadlock which we are in ».

2. Robert Schuman, Déclaration du 9 mai 1950.

3. Voy. « Génération Europe », éditorial, Journal de droit européen, 2016, p. 249.