

Copyright © 2016 Alexandre Vézina
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Éditeur : François Doucet
Révision linguistique : Féminin pluriel
Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Émilie Leroux
Conception de la couverture : Mathieu C. Dandurand
Photo de la couverture : © Thinkstock
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89767-621-6
ISBN PDF numérique 978-2-89767-622-3
ISBN ePub 978-2-89767-623-0
Première impression : 2016
Dépôt légal : 2016
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Bibliothèque et Archives Canada
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Vézina, Alexandre, 1998-
Élévation
(Les Glorieux et les Réprouvés ; tome 2)
ISBN 978-2-89767-621-6
I. Titre.
PS8643.E935E43 2016 C843’.6 C2016-941716-6
PS9643.E935E43 2016
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Mon amour, combien de fois m’étais-je surpris à nous comparer au ciel et à l’océan, ces deux infinités édéniques étant les représentations exactes de l’amour véritable ? Tout comme eux, peu importe les montagnes infranchissables qui s’étaient dressées entre nous, nous avions toujours su retrouver le chemin flexueux qui nous ramenait l’un à l’autre, afin de nous rejoindre quelque part, au loin, à l’horizon. Il m’arrivait encore de croire que nous étions exactement comme eux : irrévocablement liés par une force encore plus redoutable que les dieux tout-puissants. Le destin. Et voilà que nous nous apprêtions à briser davantage les règles intangibles. J’étais terrifié à cette seule idée. Rectification : j’étais mort de peur. Désormais, j’avais un rôle cardinal à jouer : je devais assurer ta protection, quel qu’en fût le prix. Par le passé, les rôles étaient inversés, cependant, aujourd’hui, en devenant ton féal époux, les choses avaient changé, et c’était à mon tour d’encaisser les coups fangeux de la vie inique pour t’épargner de la cruauté inhumaine du monde. L’effroi m’envahissait de part en part à l’unique perspective de devenir la barrière insurmontable entre le monde paisible dans lequel nous vivions et le royaume satanique auquel tu appartenais. Toutefois, j’étais prêt à assumer cette responsabilité essentielle, puisque c’était justement quand la terreur insoutenable nous rongeait de l’intérieur qu’il fallait faire preuve de bravoure afin d’affronter l’adversité. Je ne pouvais plus être simplement un misérable humain. Je devais trouver la force aux tréfonds de mon être pour arriver à tenir ma lourde promesse à ton égard et prouver que j’étais à la hauteur de cet amour imprescriptible.
Alors qu’un foisonnement écrasant d’affres faisait rage dans ma tête, mon regard se plongea plus profondément dans ses prunelles céruléennes si ravissantes auxquelles j’avais succombé dès notre première rencontre. Mon cœur puissant battait la chamade, et j’étais entièrement captivé par ma fiancée vénuste à la chevelure d’un blond argentin parfaitement coiffée, qui resplendissait dans cette élégante robe nuptiale. Son sourire tentateur m’envoûtait complètement, et la lueur pétillante de félicité dans ses yeux sublimes me faisait chaud au cœur. Je serrai fermement ses douces mains dans les miennes comme si j’étais effrayé de la perdre. En la regardant, je n’arrivais qu’à penser à une seule chose : elle était la femme de ma vie. Je n’avais plus qu’une certitude : je donnerais ma propre vie pour elle ; je serais même prêt à vaincre la mort faucheuse afin de lui épargner la taraudante douleur d’être abandonnée. L’idée déplorable de la voir dévastée et inconsolable m’était totalement inconcevable. Je savais quels avaient été les éprouvants achoppements qu’elle avait dû surmonter et quel était le sombre secret, ce faix pondéreux, qu’elle avait dû porter chaque jour depuis maints siècles, mais il n’y avait rien du passé enténébré de ma bien-aimée accorte qui aurait pu changer ce que je ressentais pour elle. Étrangement, savoir qui elle était réellement m’avait en réalité rendu encore plus amoureux d’elle que je ne l’étais déjà. Avec elle, j’avais connu l’allégresse et le feu, mais aussi le navrement, le retombement et l’apeurement. Je savais tout d’elle ; elle savait tout de moi. Je n’arrivais pas à décrire avec de simples mots les sentiments inénarrables que j’éprouvais pour elle. C’était comme si l’univers en entier cessait de tourner lorsque j’étais en présence de cette vampire bienveillante, mais en même temps, la vie insignifiante, elle, trouvait alors son sens.
Vint enfin le moment décisif du baiser final, clouant ainsi cette cérémonie prestigieuse après nombre de serments incessants. Ne voulant pas précipiter les choses, nous croisâmes le regard languide de l’autre une dernière fois, puis, un splendide sourire aux lèvres, nous nous rapprochâmes tranquillement afin de nous embrasser langoureusement. Étrangement, ce fut comme si le temps s’était arrêté au cours de ce bref laps de temps. Nous nous laissâmes entièrement envoûter par cette sensation inexprimable qu’était l’amour et nous oubliâmes le reste du monde. Tandis que je m’apprêtais à déposer un baiser sensuel sur les lèvres glacées de ma tendre épouse, je fus soudainement parcouru par une impression alarmante de danger, comme si un sixième sens s’était soudainement enclenché en mon for intérieur. Un frisson me parcourut l’échine jusqu’à la moelle, et je me sentis oppressé par une force inconnue. Ma tête essayait du mieux qu’elle pouvait de me résonner en me disant que ce n’était qu’un vilain tour de mon imagination inexhaustible, mais mon cœur, lui, m’indiquait avec conviction qu’il était question de vie ou de mort. Un événement cauchemaresque allait se produire. Je n’aurais su dire pour quelle raison je le savais, mais j’en étais persuadé. Je le concevais jusque dans mes entrailles visqueuses. Mes moindres sens se mirent tous en alerte, et mes muscles développés se crispèrent. Je jetai un bref coup d’œil aux alentours. Ce fut alors que je vis la source du danger par-dessus son épaule. Un homme de grande taille aux cheveux brun foncé longs et aux iris d’un noir immaculé qui pointait une dangereuse arbalète sur elle, ayant pour projectile nul autre que l’arme fatale pour la plèbe vampirique : un pieu de bois bien effilé, orienté précisément en direction du cœur de ma chère fiancée. Je voulus m’égosiller, mais je n’eus point le temps de dire quoi que ce soit que j’entendis un déclic presque inaudible et que je vis le pieu tranchant filer à vive allure vers sa cible désarmée.
Tout allait beaucoup trop vite pour que je puisse même réfléchir. C’était comme si l’impétuosité avait fortifié mon corps membru et que tout allait au ralenti. Le monde tout autour de moi s’était subitement statufié, comme si j’étais captif de ces secondes atemporelles qui s’épanchaient interminablement. Mon muscle cardiaque vigoureux ne battit plus pendant cet instant éphémère. Mes instincts protecteurs prirent le dessus sur la raison et, par un geste machinal, j’agriffai mon âme sœur par les avant-bras. Je vis nettement l’arme pernicieuse se rapprocher, comme si l’air ambiant, lequel m’apparaissait soudainement irrespirable et pesant, comme chargé d’une émanation ténébreuse et sulfureuse, alentissait sa course mortifère de plus en plus. Une violente poussée d’adrénaline me parcourut incontinent, l’intégralité de mes membres robustes étant revigorée par une vivacité déchaînée. À une vélocité surhumaine — que je n’aurais jamais dû être en mesure d’atteindre —, moi, un piètre être humain, je nous fis permuter de place en un infinitésimal fragment de seconde, juste à temps pour lui éviter son trépas inéluctable. Je n’aurais jamais été capable de le supporter. La perspective horrifique qu’on puisse lui faire du mal m’était insupportable et me saisissait d’effroi. Comment était-ce seulement possible ? Je ne savais pas comment j’avais fait pour la sauver, ce que j’avais fait, ce n’était pas humain. Le temps indomptable reprit alors son cours normal, fluant à nouveau dans les flots turbides de l’existence. Mon cœur bâti à chaux de sable recommença à marteler ma cage thoracique, et quand j’allais reprendre mon souffle, je ressentis un tiraillement au niveau de la poitrine. Mes yeux aigue-marine se révulsèrent, et je demeurai tétanisé en raison du lancinement torturant qui élançait chaque infime parcelle de mon être. J’ouvris la bouche pour m’énoncer, cependant, les mots suppliants s’enraillèrent dans ma gorge et se muèrent en un geignement guttural de suffocation. Je me sentis asphyxier. Un liquide sirupeux et ferrugineux jaillit de ma bouche et le long de mon menton. Ma vue se voila de larmes incoercibles, rendant tout autour de moi trouble, et je me sentis défaillir, entraîné au loin par le courant torrentueux, sans rien à quoi m’accrocher pour résister.
Alors que je perdais contact avec la réalité vaporeuse, cette intermittence persistante dans l’espace-temps fut subitement interrompue par une déflagration abasourdissante, laquelle balaya tout sur son passage. J’eus à peine le temps de discerner au travers de cette nuée de larmes qui m’obstruait la vue cette langue altérée de flammes rougeoyantes qui se précipitait droit sur moi, désirant se saisir de moi et m’engloutir, et je fus catapulté au loin par le souffle véhément de l’explosion. Ma tête choqua brutalement une surface dure, et mon corps heurta durement le sol froid. Pendant quelques secondes, ce fut le noir et le silence complet, comme si le monde tout autour de moi s’était oblitéré. J’avais la déplaisante impression que je sombrais dans un gouffre sans fin, mais je parvins à m’accrocher à une des parois, laquelle était particulièrement chancelante, de cet abîme. Ma prise était bien précaire, mais elle était suffisamment stable pour suspendre momentanément ma chute et me permettre de me cramponner à la vie, qui était de plus en plus hors d’atteinte. Je revins à moi quelque temps, toujours sonné. Le monde réel toupillait autour de moi et palpitait dans cet amalgame de teintes nacarat et safran et duquel se détachaient des ombres difformes qui hurlaient et accouraient dans toutes les directions. Un goût saumâtre de sang s’était répandu dans ma bouche. Chaque parcelle de mon enveloppe charnelle m’élançait, et un amas de gravats broyait ma cage thoracique, rendant chaque respiration fort difficile. La chaleur environnante était insupportable, des gouttes de sueur emperlant mon front. Je fus pris d’une quinte de toux creuse, laquelle me fit grimacer en raison de l’élancement qu’engendraient ce soulèvement et cet abaissement brusque de mes côtes sans doute fracassées et de cet objet pointu qui remuait au creux de mes entrailles visqueuses. Je crus bien entendre les hurlements stridents s’intensifier, néanmoins, tout me semblait si irréel que je ne savais plus distinguer le vrai du faux. Je n’arrivais pas à comprendre ce qui se passait. Me retenir de basculer dans le précipice était de plus en plus ardu, la tentation de m’y abîmer s’intensifiait de seconde en seconde, les ténèbres alléchantes me gagnant peu à peu malgré le brasier qui régnait autour de moi.
Alors que l’univers recommençait à s’estomper, je vis son visage angélique apparaître au-dessus de la fosse sans fin, irradiant dans l’obscurité par laquelle j’étais englouti. Soudain, ma poigne sur l’existence défaillante se raffermit. Je sentis qu’elle me dégageait de ce poids pondéreux qui m’oppressait, mais la douleur intenable ne décrut pas. Elle s’exacerbait à chaque seconde qui s’écoulait. Les battements irréguliers de mon cœur tambourinaient jusque dans mes tempes, et je pantelais. Les doigts délicats de l’élue de mon cœur effleurèrent mon torse, et je vis ses traits édéniques se décomposer. Ses doigts, ces doigts que les miens avaient enlacés tant de fois, que mes lèvres avaient baisés tant de fois et qui connaissaient chaque recoin de mon corps, étaient couverts d’un liquide écarlate dégoulinant. Du sang. Mon sang. Son criaillement suppliant couvrit le vacarme fracassant du pandémonium nous entourant, me fendant le cœur.
Je toussotai et expectorai du sang ferreux, mes côtes cassées et ce pieu affilé dans ma poitrine me meurtrissant. Des larmes douloureuses suintaient le long de ses joues, et elle tonitruait à s’en rompre les cordes vocales qu’on me vienne en aide. Elle plaça délicatement ma tête sur ses genoux et elle appliqua une forte pression autour du pieu pointu qui me traversait afin de ralentir le flot de sang pourpre qui fluait de la plaie mortifère. Chaque inspiration était plus pénible que la précédente. Je luttais difficilement pour ne pas fermer les yeux et me laisser entraîner par ce vide qui me drainait. Je tentai de me rattacher à l’unique chose réelle dans ce chienlit cataclysmal : elle. Je décelais la désespérance absolue sur ses traits. La vie inique me désertait de plus en plus, et mon vouloir inextricable s’atténuait peu à peu sans que je puisse faire quoi que ce soit. Il n’existait pas pire sensation que celle-ci : l’impuissance. J’étais impuissant. Je n’étais qu’un spectateur oisif à mon propre trépas. J’aurais tant souhaité être en mesure de me redresser et aller trancher le fil des jours de l’exécrable spadassin luciférien ayant tenté de supprimer mon unique raison de vivre et dire à ma chérie que tout allait bien aller. J’aurais tant voulu m’époumoner et même me démener. Cela n’aurait absolument rien changé à la situation climatérique, rien changé au fait fatidique que j’allais passer de vie à trépas, mais au moins, cela aurait été mieux que cette inaction que je réprouvais.
Brusquement, la conflagration dévoratrice prit de l’ampleur, et l’air se vicia, l’oxygène devenant alors totalement irrespirable. Je suffoquai. J’avais beau inhaler, j’asphyxiais. L’affolement annihilait mes pensées enchevêtrées. J’avais l’impression que deux mains m’enserraient la gorge. J’étais incapable du moindre son. Mes yeux s’embuèrent à tel point qu’elle n’était plus qu’une silhouette voilée. Soudain, elle fut hors de ma vue, et je cédai à la panique délétère. Mes doigts robustes glissèrent de ma prise, et la vie ne tenait plus qu’à un fil. Mon corps tout entier réclamait de l’oxygène, et j’étais sur le point de défaillir. J’allais m’enliser dans cet abîme insondable et ne plus jamais revoir la lumière coruscante du jour. Ne plus jamais la revoir. C’était terminé. Je fus pris d’un ultime élan de fortitude et je m’opiniâtrai à résister à l’endormissement. Je guerroyais ardemment pour ne pas capituler devant la Faucheuse. Devant ma propre faiblesse. Devant cette appétence affriandante de clore mes paupières et de me laisser emporter par le sommeil irréversible. Je devais vivre. Pour elle. Pour nous. Je lui avais donné ma parole que je vaincrais la mort indomptable. Ma parole. Je ne pouvais pas faillir à ma promesse astreignante. Je ne pouvais pas…
Je croyais ne jamais plus la revoir, quand elle réapparut à mes côtés, toujours larmoyante, recommençant à juguler mon hémorragie létale. Je pus me retenir après elle. L’air redevint respirable, et je pus enfin prendre une profonde inspiration. Bien que je continuais à anhéler et à tousser, l’oxygène, tout comme sa présence vivificatrice, me redonna temporairement de la vigueur. Ce n’était plus qu’une infime question de temps avant que je n’entame mon ascension vers l’au-delà. C’était se bercer de chimères fallacieuses que d’espérer survivre à cette blessure mortelle. J’allais indubitablement mourir. Je ne parvenais pas à m’y résigner, nonobstant, c’était la triste vérité. Je ne pourrais pas me cramponner à elle indéfiniment. Tôt ou tard, le précipice aurait raison de moi. Je voulus retirer l’arme qui me perforait l’abdomen, mais ma bien-aimée dévastée me réprimanda vivement. Je ne trouvai même pas en moi la faible force de me récrier tellement j’étais anémié. Même que je n’étais même pas en mesure d’appréhender la signification de ses paroles. Mes oreilles bourdonnaient. Avant de périr, j’avais une dernière volonté. Je voulais partir en étant son mari. Je voulais emporter avec moi ce statut de l’autre côté. Peut-être cela comblerait-il quelque peu la vacuité en mon âme lorsque je ne pourrais plus être à ses côtés. Je rassemblai les forces qu’il me restait et essayai, à deux reprises, quoiqu’infructueusement, de prononcer son nom inoubliable en dépit du sang infect qui s’amoncelait dans ma gorge, mais elle ne me laissa pas parler en m’implorant du fond de son cœur brisé de ne pas l’abandonner. Je m’efforçais de ne pas laisser l’anéantissement déprédateur gruger le peu de forces vitales qu’il me restait et d’oublier qu’il s’agissait d’adieux. Je tentai à nouveau de parler, sans succès. Elle ne voulait rien entendre. Je fus pris de vertiges étourdissants, et le monde entier vacilla plus que jamais. Le martyre torturant atteignit son paroxysme, et je craignis sérieusement que le peu de temps dont je disposais ne suffise pas. Usant de mes dernières forces, je posai ma main contre sa joue et la caressai tendrement, en essayant de mon mieux de ne pas verser des pleurs à mon tour. Mon amoureuse éplorée serra fermement ma main qui trémulait et se mordit la lèvre inférieure afin de mieux contenir les sanglotements immaîtrisables qui l’assaillaient. Je regardai son visage séraphique, visage, qui, même convulsé par l’affliction et le retombement, conservait sa vénusté éthérée, et la tristesse viscérale me noua la gorge. Elle était tout pour moi. En fermant les yeux, je me dénuais de tout. Je n’étais plus rien.
— K-K-Kendra… susurrai-je en un marmottement pratiquement imperceptible. É-É-Écout-t-te moi…
— Non ! protesta-t-elle avec véhémence. Toi, écoute-moi ! Tu ne peux pas me quitter, tu n’as pas le droit. Sans toi, ma vie n’a plus de sens. Ne me laisse pas seule, je t’en supplie. Ne baisse pas les bras… Ne baisse pas les bras…
— J-J-Je vais mourir… M-M-Mais comme d-d-dernière faveur… avant de m-m-mourir… j-j-j’aimerais que t-t-tu sois ma femme…
Tout ce que je vis fut cette larme qui perlait sur sa joue gauche, et elle se pencha sans aucune hésitation pour déposer un baiser énamouré sur mes lèvres tremblantes. Je perdis le souvenir du lancinement tenaillant. Elle était désormais ma femme, et c’était tout ce qui m’importait. J’abdiquai. Je n’avais plus la vigueur nécessaire pour arriver à maintenir mon rythme cardiaque ou pour demeurer éveillé. Je lâchai prise. Mes paupières étaient si lourdes qu’il m’était impossible de ne pas les clore. Je chus. Je m’égosillais intérieurement, mais cela était vain. Je m’embourbais dans cet abîme enténébré, étant trop affaibli pour m’agripper à quoi que ce soit, m’éloignant à jamais d’elle. Je n’ai pas le droit… Ses lèvres froides effleuraient encore les miennes, du moins, je croyais. Non… Lutter contre le sommeil irréfrénable était impossible. Je n’ai pas le droit de baisser les bras… Tous mes membres musculeux devinrent engourdis. Me piéter contre mon sort funeste m’était impossible à présent. Je fermai les yeux. Kendra… Je n’ouïs même pas la plainte qu’elle lâcha quand elle défit notre étreinte. Mon amour… J’étais déjà loin. Je ne t’abandonnerai pas… Trop loin. Je ne t’abandonnerai pas… J’exhalai mon dernier soupir. Je vaincrai la mort pour toi… Le battement suprême de mon muscle cardiaque fourbu se propagea dans mes veines. Je reviendrai…
Et ce fut le noir total.
Surgissement
Quatre jours plus tard
Lieu inconnu